Si chacun de ses caprices est un poème, ces deux beaux vers attestent néanmoins que sa rêverie n'est point divagation de femme nerveuse, et que, dans sa vie intérieure, elle gravit vraiment les calvaires qu'elle évoque pour nous, comme elle se laisse vraiment bercer sur les eaux des lacs profonds et tranquilles.

Un poète, qu'une foi religieuse inspire, vient d'exhorter la poétesse des Vivants et les Morts à ne plus chanter que sur le ton de la prière. Que dès maintenant il admette au cloître de sa piété la douce novice au «visage émerveillé». Malgré l'apparence, elle n'est pas très éloignée de lui. Ses poèmes d'amour sont comme des cantiques. La volupté verbale est soeur du mystique enthousiasme. Le rêve, dans l'azur, suit la même voie que l'adoration, et l'amant irréel, vers qui montent les hymnes qui nous enchantent, pourrait, plus fidèlement qu'en un homme du siècle, se réaliser en un dieu de pureté.

La comtesse Mathieu de Noailles dans son salon.
Photographie Desboutin..

Son trône est ce divan multicolore que vous voyez apparaître devant vous par le miracle de la science des images. C'est là qu'elle tient sa cour, cour de poètes uniquement. Car même ceux qui ne savent pas l'art de rimer deviennent devant elle fervents des métaphysiques esthétiques, sensibles à la musique et aux idées. Elle rend élégant le banal, elle étouffe le médiocre et répudie le laid: tout se supériorise sous son regard et s'embellit sous son sourire. Magicienne de notre temps, elle renouvelle le vieux mythe d'Orphée le charmeur.
Jean Lefranc.

Itinéraire des pèlerins à Sainte-Hélène: de James Town à
Longwood en passant par le Tombeau.
--Dessin de L. Trinquier.]

LES DOMAINES FRANÇAIS DE SAINTE-HÉLÈNE

UNE MASURE ET UN TOMBEAU

Dans une terre anglaise de l'Océan, jadis fameuse, hérissée de canons et peuplée de soldats, aujourd'hui abandonnée, vidée, mourante et comme ensevelie dans le deuil de ses éternelles brumes et de ses rochers noirs, il est un lieu de pèlerinage où le drapeau français a le droit de flotter librement. A Sainte-Hélène, un calvaire et un sépulcre, la maison de Longwood où mourut Napoléon prisonnier et la vallée du Tombeau où, pendant dix-neuf ans encore, il demeura captif du sol britannique, sont, depuis plus d'un demi-siècle, propriétés de l'État français.