La paix qui m'envahit quand c'est vous qui souffrez?
L'amour n'est point ici un jet d'eau qui murmure; c'est un torrent écumant et vertigineux, dont le flot coule doucement, par endroits, entre deux pierres moussues. Mais le ciel est plus serein d'avoir été orageux, les arbres plus luxuriants d'avoir été secoués par l'averse. La nature rassérénée s'exalte, et «tout l'azur luit dans le coeur sans limites» de l'amante, dans ce coeur «innombrable» qu'elle a pourtant «resserré» sur l'amant. C'est le panthéisme dans l'amour: tout l'univers en soi, tout l'univers en l'autre, l'immensité et l'éternité dans le rêve, l'infini dans l'éphémère, le divin dans l'extase:
Je regarde votre humble et délicat visage
Par qui j'ai voyagé, vogué, chanté, souffert,
Car tous les continents et tous les paysages
Faisaient de votre front mon sensible univers.
Il n'est pas de transports plus spirituels, d'évocation plus éthérée que ces élans et ces aveux où les profanes croient reconnaître une voix trop humaine et sensuelle. Ce verbe n'est perceptible qu'aux initiés, à ceux qui savent vivre dans le silence et se complaire dans le recueillement.
La souffrance est partout, dans ces exaltations, et se mêle à la joie, qu'elle aiguise peut-être, mais qu'elle purifie en même temps:
Car l'amour, radieux comme un verger prospère,
Est gonflé de sanglots...