La solennité eut lieu dans la vaste salle où l'empereur se tenait autrefois pour les grandes réceptions annuelles. Lorsque Yuan-Chi-Kaï eut fait son entrée, il gravit la haute estrade impériale et s'installa délibérément à la place du trône où des chambellans, les uns en habit, les autres en redingote, l'entourèrent. Le président, dans ce décor et avec ces formes monarchiques, lut un long discours. Puis, à un commandement du maître des cérémonies, tous les Chinois présents s'inclinèrent profondément trois fois. La réception diplomatique eut lieu ensuite. Après quoi le prince Pou Loun, vêtu lui aussi en général bleu, vint au nom de la famille impériale présenter ses voeux et offrir un cadeau. Une grande parade militaire, le défilé de 18.000 hommes devant les portes du palais, termina ces cérémonies qui devaient marquer, pour l'histoire, les débuts pittoresques et un peu gauches de la République chinoise dans le monde moderne.
Le lendemain, le président Yuan-Chi-Kaï réunissait dans un déjeuner suivi d'une garden-party les chefs de mission et le personnel des légations, et c'est au cours de cette fête, plus intime, que fut prise la photographie ici reproduite de Yuan-Chi-Kaï, en son bel uniforme bleu et archigalonné de président ou de généralissime, au milieu des ministres accrédités en sa capitale.
APRÈS LA TEMPÊTE.--Les épaves du «Mesolonghion» jeté à la
côte près de Casablanca; à l'arrière-plan, le «Nana Martini» échoué.
Photographie Ch. Ratet.
Le coup de vent qui, à la fin du mois dernier, a soufflé sur l'Atlantique a sévi avec une violence particulière sur les côtes du Maroc, où la mer est toujours si dure. Le 29 octobre, la tempête jetait à la côte un voilier français, la Marguerite, à Rabat, et trois autres navires mouillés en rade de Casablanca, le Liria, espagnol, le Mesolonghion; battant pavillon hellénique, et le Nana Martini, allemand. Aux premières nouvelles de ces trois derniers sinistres, le général Franchet d'Esperey et le général Ditte se portaient sur la plage. Les secours furent organisés rapidement. Mais le Mesolonghion, le plus en danger et le premier secouru, fut vite mis en pièces par les vagues furieuses. Quatorze de ses matelots disparurent. Le Nana Martini, échoué non loin de là, put débarquer sans pertes son équipage. Quant au Liria, le sauvetage des marins qui le montait fut long, dangereux, fertile en péripéties. Il fut l'occasion de maints actes de courage et de dévouement. Là encore tout le monde fut sauf, mais le navire était perdu. Ce véritable raz de marée a été, pour le port de Casablanca, en construction, une rude et excellente épreuve. On n'était pas sans inquiétude quant aux fondations des môles, que les prophètes de malheur disaient devoir être balayées comme des fétus. Elles ont, au contraire, résisté admirablement.
CE QU'IL FAUT VOIR
PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS
J'ai sur ma table une douzaine de cartes qui me convient aux expositions d'art les plus diverses. On le sent: l'écluse est maintenant ouverte et nous allons vivre jusqu'à l'été sous la peinture! En quel océan ce torrent ira-t-il se noyer lui-même? Quelles terres, je veux dire quelles collections ira-t-il submerger ou féconder? On ne sait pas; et à l'éternelle question que se posent tant de braves gens, chaque année: «Où peut bien aller toute cette peinture?» nulle bouche humaine n'a encore répondu.
J'utiliserai deux de ces cartes, en tout cas: j'irai à la galerie Montaigne--c'est-à-dire au théâtre des Champs-Elysées--voir l'Exposition d'Art chinois ancien; un art merveilleux, qui étonne sans doute plus qu'il ne charme, mais dont les surprises sont si passionnantes! Rappelez-vous les expositions récentes dont nous avons eu le régal au musée Cernuschi.
Et puis j'irai flâner au quai de l'Horloge pour y voir une série d'oeuvres de Roty qu'un graveur-éditeur y expose depuis quelques jours. Roty fut un homme exquis, et qui a laissé une oeuvre aussi délicate et aussi noble que lui. Il a eu ce génie de n'être point l'esclave de ses outils; de ne jamais rapetisser ni sa vision ni son sentiment des choses à la mesure du cadre où il enfermait son oeuvre. Il a mis en des médailles toutes petites de vastes paysages, de grands gestes et des rêves infinis. Il faut aimer Roty. Ce petit homme timide fut l'honneur d'un art où nous excellons. Et puis on le fait revivre à nos yeux, dans un magasin du quai de l'Horloge, en plein décor de «vieux Paris», tout près de cet Institut où, discrètement, il siégea. C'est très bien.