L'ouvrage est formé de trois rangs d'arcades superposés. Les deux premiers sont de 6 et de 11 grandes arcades qui ont jusqu'à 24 mètres d'ouverture, le troisième, établi à environ 47 mètres au-dessus du niveau de l'eau, a 35 arcades plus petites. Ces proportions, hors de toute mesure avec celles du Gardon, s'expliquent par le fait que le «Pont du Gard» n'est pas un pont: c'est un aqueduc. Il fut construit pour réunir par-dessus la vallée, à une altitude considérable, les deux collines entre lesquelles coule le Gardon, et faire passer de l'une à l'autre les eaux des fontaines d'Eure et d'Airon destinées à l'alimentation de Nîmes.

1.--Fourche formée par le chemin de grande communication
(à gauche) qui va franchir le Gardon sur la première rangée
d'arches, et par l'entrée (à droite) du chemin privé de
M. Calderon.
--Phot. Ch. Bernheim.

Ainsi s'explique que le pont du Gard ne repose que pour partie--un tiers environ--sur les berges proprement dites de la rivière. Le reste s'appuie sur les versants des collines à une hauteur que les eaux sont loin de pouvoir atteindre. Par ses deux extrémités, sur une grande étendue, il constitue donc un ouvrage en terre ferme, analogue aux aqueducs de Fréjus et de Coutances, par exemple. Et, alors que le monument est la propriété de l'État, tous les terrains qui l'environnent, sur l'une et l'autre rive, en amont et en aval, appartiennent à M. Fernand Calderon. Ce magnifique ouvrage offre donc la particularité, sans doute unique, d'être entièrement enclavé dans le fonds d'un particulier.

3--Le chemin de grande communication
franchissant le Gardon par le pont moderne
juxtaposé au pont antique contre la rangée
des premières arches.

La situation s'aggrave de la circonstance que le Gardon, dans cette partie de son cours, n'est ni navigable ni flottable. En conséquence, aux termes de l'article 3 de la loi du 8 avril 1898 sur le régime des eaux, la rivière et son lit appartiennent en propre à M. Calderon. L'Etat n'a ainsi ni les droits ni les facilités dont il jouirait si la rivière était navigable ou flottable.

Dans ces conditions, en dehors du monument romain, l'État possède simplement:

Le cours d'eau et son lit sur le trajet du pont antique;

Le sol où sont assises les maçonneries de l'ouvrage et le sol que couvre la projection des arches inférieures;