Les petites fractions de terrain qui, de part et d'autre des extrémités du pont, sur le penchant des deux collines, ont été aménagées par l'État pour créer des rampes, sentiers ou escaliers d'accès.

Remarquons, en passant, qu'il n'existe aucun titre, aucune pièce indiquant à quelle époque le pont serait devenu la propriété de l'État. Mais nul ne paie l'impôt pour ce monument qui est classé depuis 1838; l'État y a effectué des travaux à diverses reprises, notamment en 1855-1858, où les dépenses ont atteint 198.000 francs; enfin, M. Calderon a reconnu implicitement les droits de l'État.

Tout contre la face aval de l'aqueduc, les États du Languedoc ont fait construire, de 1743 à 1747, un pont présentant les mêmes dimensions, le même nombre d'arches, le même écartement des piles, la même hauteur et à peu près la même longueur que le premier étage de l'aqueduc. Ce pont appartient aujourd'hui au département et fait partie du chemin de grande communication n° 32.

Par ce chemin et par le pont moderne on peut, sans emprunter le sol de M. Calderon, accéder à la première plate-forme de l'aqueduc. C'est une atténuation à l'enclavement. Mais pour voir l'aqueduc, pour jouir de l'admirable perspective que découpent ses arches antiques, il ne faut pas être dessus, il faut être sur la propriété de M. Calderon.

2.--Porte clôturant le chemin privé de la propriété de
M. Calderon avec écriteau interdisant l'accès sous les arches
du pont.
--Phot. Ch. Bernheim.]

Cette propriété de 368 hectares constitue le domaine de Saint-Privat, qui s'étend autour d'un assez joli château sis à 1.800 mètres en amont de l'aqueduc sur la rive droite. C'est une terre seigneuriale qui appartint à la famille de Fournès jusqu'en 1865. A cette époque elle fut vendue à M. Thomas Calderon, père du propriétaire actuel qui la possède depuis 1894.

On accède au château par un chemin privé d'environ 7 mètres de largeur qui prend sa naissance sur la route départementale, à 115 mètres en aval de l'aqueduc. Après avoir parcouru ces 115 mètres, le chemin passe sous la première arche romaine, puis continue pendant trois ou quatre cents mètres sur un terrain dégarni, en grande partie formé de la berge inondable. Il s'enfonce alors dans les bois. C'est de ce chemin, à 150 ou 200 mètres des arches--par conséquent sur la partie de terrain dégarni--qu'on a la plus belle vue de l'aqueduc. C'est même le seul point d'où on puisse le contempler sans gêne, dans toute son étendue. Sur la rive gauche, le terrain est moins favorable.

Pendant longtemps, M. Calderon a laissé au public le libre passage de son domaine. Il prétend aujourd'hui que le développement du tourisme a créé une situation nouvelle, intolérable. Certains jours de fête, dit-il, notamment à la Pentecôte, des bandes arrivent d'Avignon, de Nîmes, de Beaucaire, et festoient sur sa propriété qu'elles saccagent sous les yeux des gendarmes débordés.

Pour éviter ces déprédations, M. Calderon a fait barrer l'entrée de son chemin privé, et il semble provisoirement maître de la situation. Car, comme nous le disions plus haut, l'État ne possède ici que la propriété du petit morceau de terrain couvert par les premières arches. Il peut, il est vrai, revendiquer la copropriété des 115 premiers mètres du chemin privé qui «conduit à des exploitations différentes».