La classe d'histoire naturelle.

Les jeunes Japonaises s'émanciperont chaque jour davantage dans leur vie privée. Les relations des sexes ont fait l'objet de nombreuses dissertations de la part des moralistes et des romanciers. Les écrivains japonais, en copiant ou en traduisant les plus hardis de nos romans, ont considérablement développé chez la femme nipponne le désir de la responsabilité amoureuse. Les femmes nouvelles veulent tout d'abord avoir droit à l'amour de leur choix et non plus subir passivement le caprice de l'homme. Dans la multitude des revues féminines qui se publient actuellement au Japon, cette thèse est souvent mise en avant.

A L'UNIVERSITÉ FÉMININE DE TOKIO.--Le cours de cuisine.

Cependant, tout à l'extrême gauche de la société féminine japonaise s'agite un petit groupe d'intellectuelles qui visent l'affranchissement intégral. Il existe un club, le Seitosha--la société des Bas-bleus--qui a pour présidente Mme Hiratsuka Aki-Ko. Et j'ai rendu visite à cette Armande aux yeux bridés, toute menue, aux mains vives, qui manient le pinceau littéraire avec une dextérité étonnante et dont la réplique est non moins alerte dès que l'on attaque la question féministe. Mlle Aki-Ko est fort savante. Mais elle discute si finement, avec une conviction si éloquente, qu'elle ne saurait être accusée de pédantisme. Membre de la secte Zen, qui enseigne par-dessus tout la méditation religieuse, elle copie la gravité sereine d'un bonze lorsqu'elle expose sa doctrine. Elle est le type de la femme nouvelle dans ce qu'il y a d'odieux aux vieux Japonais. Néanmoins, elle ne s'habille pas à l'européenne. Fidèle à la tradition vestimentaire, elle porte toujours le ha-kama, qui est un compromis entre la jupe et le pantalon. Mlle A-ki-Ko a publié plusieurs romans, de nombreux articles de revues et elle donne des conférences très écoutées de ses disciples. Celles-ci--également cultivées--appartiennent presque toutes à la bonne classe moyenne, et certaines même sont issues de familles aristocratiques. Le Seitosha publie une revue mensuelle, le Seito (le «Bas-Bleu», naturellement), d'où les signatures masculines sont rigoureusement bannies. Les précieuses Nipponnes--qui ne redoutent nullement le ridicule--en assurent seules la rédaction.

Concours mixte de postiers à Tokio: exercice de calcul.

Mlle Aki-Ko voulut bien me faire cadeau du numéro où avait paru sa profession de foi. Que l'on me permette d'en transcrire les passages essentiels.

«Oui, s'écrie-t-elle, je suis une des femmes nouvelles. Du moins tel est mon souhait et je m'efforce de le réaliser tous les jours.

» Qu'y a-t-il de vraiment et d'éternellement nouveau? C'est le soleil.