Le président Naruse, pendant notre excursion, me développait son programme:

«Nous voulons que nos jeunes filles prennent le sentiment de la responsabilité, me disait-il, et qu'elles ne soient point pour les hommes des compagnes serviles, sans initiative personnelle, sans idéal national. Certes nous n'avons pas l'intention de copier aveuglément les institutions d'Amérique ou d'Europe et de faire des Japonaises des intellectuelles à la mode de Boston ou des émancipées qui s'imaginent devoir prendre la place des hommes. Notre but, au contraire, c'est de leur inculquer un sentiment plus complet de leur rôle domestique en même temps qu'un patriotisme plus élevé. Nous voulons qu'en devenant des femmes éclairées elles restent avant tout des Japonaises.

» Au début de notre tentative, on nous accusait de préparer la destruction de ce particularisme exquis et de cette égalité d'humeur inaltérable de nos compagnes. Mais l'expérience prouve le contraire. Nos étudiantes conservent le goût des modes orientales. Comme vous pouvez le constater, elles continuent à s'habiller comme leurs mères et leurs grand'mères. Et quelle est la classe la plus fréquentée? Celle où l'on enseigne la science domestique, les arts du foyer, les travaux manuels. Les occupations agricoles sont aussi parmi les plus populaires et, sauf les jeunes filles qui se destinent à l'enseignement public, la plus grande partie des élèves se prépare surtout aux joies mieux comprises du ménage.»

Puis le président Naruse m'entraîna dans une vaste cour où une centaine d'étudiantes, armées d'un long bambou, se livraient à des exercices d'ensemble, comme les soldats à la caserne.

«Oui, poursuivit-il, on a complètement négligé jusqu'ici la culture physique pour les femmes japonaises. Ce que vous voyez là est encore une innovation de notre part. Les jeunes filles ont été habituées à rester claustrées à la maison et à se tenir accroupies pendant des heures et des heures. Grâce à la gymnastique rationnelle, aux sports, à la vie en plein air, nous leur rendons la vigueur nécessaire pour devenir de bonnes mères.»

On comprend qu'après cet entraînement, sans devenir des suffragettes, les jeunes diplômées de l'université de Tokio n'accepteront plus désormais sans discussion les principes du sage Kaibara qui furent si longtemps regardés comme un dogme dans la société japonaise.

La leçon de thé.

Voici ce que disait jadis le sévère moraliste: «La femme doit considérer son mari comme son maître et le servir avec humilité et tendresse, sans une pensée légère ou irrévérencieuse à son égard. Toute sa vie, la femme a pour devoir essentiel l'obéissance. Dans ses rapports avec son mari, son attitude comme son langage seront toujours empreints de courtoisie, de modestie, de souplesse conciliante, jamais insolents et intraitables, jamais impolis et arrogants. Ce sera là le premier et le principal souci de la femme. Lorsque le mari a donné ses ordres, l'épouse les suivra scrupuleusement. Dans le cas où elle douterait de leur signification, qu'elle s'enquière et qu'elle respecte ensuite à la lettre ses commandements. Si son mari lui pose une question à son propre sujet, qu'elle réponde avec précision. Répliquer d'une manière insouciante serait une marque d'impolitesse. A supposer que son mari se mette en colère, qu'elle obéisse avec crainte et en tremblant et qu'elle ne le heurte pas dans sa colère et son irritation. Une femme doit regarder son mari comme le ciel même!»