Mlle Hiratsuka Aki-Ko, présidente
du club des Bas-Bleus.
L'interdiction de ce meeting suscita les commentaires les plus opposés. Le journal Nippon prit galamment les choses: «Le progrès féminin, dit-il, ne doit nous causer ni regret, ni alarmes. Souvent le mécontentement que provoquent les conditions politiques existantes sert à élever le niveau général de la société. Vouloir le supprimer par des mesures brutales peut entraîner les plus graves conséquences.» C'est pour cela que le Nippon a déjà mis le gouvernement en garde contre son attitude intransigeante à l'égard du socialisme et les soi-disant idées dangereuses, et qu'il a invité l'attention publique à ne pas condamner aveuglément ceux qui professent ces doctrines. Pour les mêmes raisons, il considère que le mouvement en faveur de la femme nouvelle doit être traite avec magnanimité puisqu'il s'agit de l'émancipation de la femme.
Au contraire, le Kokumin n'avait pas assez de sarcasmes pour les héroïnes du jour. Il les accablait de son mépris et d'épithètes ridicules, prétendant que ce serait la ruine du système familial japonais si l'on écoutait leurs propositions subversives.
Les hommes n'étaient point seuls à combattre le modernisme féminin. Sous les auspices de Mme Kaetsu-Kôko et d'autres dames éminemment conservatrices, fut fondée à Kobé, au mois de mai, la Fujin Michi-no Kai (la Société pour l'encouragement des vertus féminines). A l'Atarashiki Onna, elles se donnaient pour mission d'opposer la Furuki Onna (la femme du vieux temps). La place de la femme est au foyer, et rien qu'au foyer, répliquaient-elles.
En vérité, les femmes nouvelles aux tendances féministes absolues ne sont encore que l'exception. Elles ne forment, comme nous l'avons dit, que deux ou trois clubs. Mais peu à peu d'autres les suivront de près ou de loin... A mesure que l'éducation se répandra, que l'université féminine éclairera les jeunes filles des classes moyennes, que des institutions du même genre se multiplieront et que le modernisme occidental invitera les femmes aux expériences hardies, les tendances que représentent aujourd'hui la poignée de féministes avancées s'affirmeront. Quant à vouloir déterminer une date même approximative à laquelle la société féminine sera dégagée des liens actuels, c'est là chose impossible. Le Japon est le pays des surprises. La tradition et les rêves d'avenir s'y sont parfois rejoints sans efforts et très rapidement. D'autres fois, malgré toutes les apparences, l'occidentalisme est resté très superficiel dans les réformes empruntées à l'Europe. Il semble que changer le sort de la femme jusqu'à lui accorder l'égalité c'est peut-être le plus gros sacrifice que l'on puisse demander aux Japonais du vingtième siècle. On ne vaincra leur actuelle manière de voir qu'après une longue résistance. Mais c'est justement pour cela que la bataille est si passionnante.
François de Tessan.
JAPON D'AUJOURD'HUI.--A Tokio: départ de Mlle Mori,
actrice du Théâtre Impérial, pour une tournée en Europe.
LE BAPTÊME DE LA LIGNE A bord du croiseur-école «Jeanne-d'Arc», les aspirants qui passent pour la première fois l'Équateur sont baptisés selon la vieille tradition maritime.
Phot. de M. Pierre Taillac.--Voir l'article, page 402.