NOTRE NUMÉRO DE NOËL

Le numéro de Noël de L'Illustration a éveillé de tout temps la curiosité et la sympathie du public. Mais c'est surtout dans ces dernières années qu'une faveur croissante des amateurs d'estampes et des bibliophiles a fait, de son apparition très attendue, une sorte d'événement artistique.

Cette vogue flatteuse nous créait des devoirs et nous obligeait chaque année à augmenter le luxe et le volume de cet album, à inventer des présentations nouvelles de nos gravures, à varier les procédés de reproduction, à faire de notre «Noël» une manière de résumé des perfectionnements des arts graphiques à notre époque.

Et chaque année aussi notre tâche devenait plus difficile, car, au problème de la qualité, s'ajoutait celui non moins ardu de la quantité. En huit ans, le tirage du numéro de Noël a doublé. Il dépassera cette fois le chiffre de 200.000 exemplaires.

Depuis plusieurs mois les feuilles, au fur et à mesure de leur impression, viennent s'entasser dans les immenses réserves de la maison G. de Malherbe, à Vaugirard, où elles forment aujourd'hui un monceau de 325 mètres cubes, pesant 268.000 kilos. Deux cents ouvrières procèdent au collage de 9 millions de gravures tirées à part. Il y a deux semaines, l'assemblage et le brochage ont été mis en train, et l'expédition des numéros commencera mercredi prochain 3 décembre, à raison de 20.000 à 25.000 par jour, ce qui demandera neuf ou dix jours pour épuiser le tirage.

Il est matériellement impossible d'activer davantage la sortie d'une édition de pareille importance, car chaque numéro doit être vérifié après brochage, et nous prions nos abonnés de ne pas nous adresser de réclamations avant le 10 décembre, en cas de retard dans la réception de leur numéro. Ils ne nous en voudront pas de leur demander un peu de patience, quand ils sauront quel désintéressement nous impose la fabrication de cette prime, dont le prix de revient, supérieur à 500.000 francs, dépasse de plus de 150.000 francs toutes les recettes réalisables par l'abonnement, la vente et les annonces.

Ce sacrifice est si réel que nous avons dû, cette année, refuser la fabrication de 75.000 exemplaires que d'importantes firmes d'Allemagne, d'Argentine, et un grand journal de New-York nous avaient demandé d'imprimer en allemand, en espagnol et en anglais: nous ne pouvions admettre pour ces éditions étrangères la perte que nous nous résignons à subir sur l'édition française.

Cet empressement de l'étranger, confirmé par les demandes qui nous arrivent de tous pays, est à l'honneur de l'industrie et du goût français, et nos lecteurs et amis nous permettront de tirer vanité du fait qu'aucune publication similaire n'est attendue avec autant de faveur et d'impatience que l'album annuel de L'Illustration française. Un libraire de Vienne n'offrait-il pas par une annonce, en janvier dernier, 2.000 francs pour 100 exemplaires du Noël de 1912 qu'il n'a pu, du reste, obtenir, l'édition ayant été épuisée dès son apparition.

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Le «clou» du Noël de 1913 sera une étude magnifiquement illustrée sur le MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ, ce somptueux palais, cette merveilleuse collection, comparable seulement à la collection Wallace de Londres, dont l'Institut de France vient d'hériter et dont il ouvrira les portes au moment même où paraîtra notre numéro.