Note 1: L'aviateur Daucourt, se rendant de Paris au Caire, vient précisément de parvenir à Konia, par la voie des airs, le jour même où est écrit cet article.
C'est à Konia que commence le Bagdad proprement dit, ou, pour l'appeler de son nom officiel: la «Compagnie impériale ottomane du chemin de fer de Bagdad». Aujourd'hui les trains (un train mixte par jour dans chaque sens) circulent jusqu'à la station de Karabounar, à 303 kilomètres plus loin au sud-est, au milieu des montagnes du Taurus, et non pas, comme on le dit généralement, au pied.
Le Taurus n'est, en effet, du côté du nord, que le prolongement presque insensible des hauts plateaux de Lycaonie, situés à plus de 1.000 mètres d'altitude (Konia, 1.028, Eregli, 1.050). Jusqu'au point culminant de 1.467 mètres en deçà de la station d'Oulou Kichla, on ne rencontre presque aucun ouvrage d'art: vers le sud, au contraire, la chaîne s'abaisse rapidement vers la mer et présente, quand on la regarde de la plaine d'Adana, l'aspect d'un formidable rempart.
Les rampes deviennent très raides, à la descente: il y en a de 26mm par mètre qui interdisent l'emploi de trains pesant plus de 100 tonnes. On a exécuté assez vite les tranchées, hauts remblais et courts tunnels qui séparent Oulou Kichla de Karabounar pour arriver à la cote 770; mais là les difficultés ont commencé. Laissant à l'ouest les fameuses portes de Cilicie par où passèrent Alexandre le Grand, les envahisseurs arabes et les Croisés, la voie s'engage dans l'étroite gorge du Tchakit, affluent du Seihun, jusqu'à ces derniers temps inaccessible et qui nécessitera 12 kilomètres de tunnels, ponts et viaducs. Le premier tunnel, celui de Belemedik, long de 1.700 mètres, est à moitié foré, mais les autres sont à peine commencés et l'ensemble ne sera pas terminé avant un an et demi.
Carte de la traversée du Taurus.
L'une des photographies ci-jointes donne une idée des conditions dans lesquelles s'effectue le transport des matériaux dans un ravin aux bords escarpés et profond de 1.000 mètres: il a fallu tout d'abord établir dans le roc une route provisoire qui vaut, pour le pittoresque, les plus renommées des Alpes.
Route construite pour permettre les travaux dans les
gorges du Tchakit.
Après une interruption d'une vingtaine de kilomètres, le service reprend sur un second tronçon au sud du Taurus, depuis la station de Dorak jusqu'à celle de Mamouret, au pied de l'Amanus ou Aima Dagh, à travers la fertile plaine d'Adana, où l'on cultive les céréales et le coton. Sur une dizaine de kilomètres, entre Yenidje et Adana, la voie nouvelle se confond avec celle de l'ancienne ligne française de Mersina à Adana, rachetée en 1901.