UN «CENTRE MONDIAL»

Le séjour à Rome est particulièrement prenant: la grandeur des souvenirs qu'évoque chaque ruine exalte les imaginations les plus pondérées; nombre d'artistes, de poètes, de soldats, en contemplant l'étroit espace du forum, durent rêver pour leur patrie cette puissance mondiale que, seule, posséda la ville des Césars. Un jeune sculpteur américain fixé à Rome, M. Hendrik Christian Andersen, a fait un rêve moins grandiose, plus facile à réaliser, croit-il, et auquel il a su donner une forme concrète au prix d'un labeur digne d'admiration.

Une tour de 320 mètres, en acier revêtu de marbre,
projetée pour une ville hypothétique, la cité du «Centre
Mondial»

M. Andersen improvise une ville internationale, sorte de capitale de l'humanité, où seraient centralisés les efforts destinés à assurer tous les progrès. Non content de nous en vanter la nécessité, il nous la présente dans une publication de grand luxe, magnifiquement illustrée, «qui ne saurait être achetée, et qui n'est envoyée qu'à un groupe limité d'hommes dignes et capables de s'intéresser à un projet de ce caractère». Cette oeuvre gigantesque occupa pendant dix ans trente et un architectes, sous la direction de M. Ernest Hébrard, grand prix de Rome, aidé par son frère Jean Hébrard. Trois peintres et un ingénieur complétaient une pléiade qui nous offre aujourd'hui les plans rigoureusement étudiés des monuments nombreux et gigantesques devant former le noyau de la cité future.

M. Andersen s'est réservé la partie sculpturale. Pour cette oeuvre ultra-moderne, il a voulu, comme les architectes, adopter les formules de l'art antique le plus pur; il nous propose une vingtaine de groupes ou d'allégories où s'affirme, avec la foi exubérante de la jeunesse, un talent digne de respect.

Le Centre d'art comprendrait un Temple de l'Art, une École d'art, des musées, un conservatoire de musique et de tragédie, etc.. «Le musicien présenterait ses symphonies et ses opéras, certain d'être entendu et impartialement jugé; le dramaturge apporterait ses oeuvres, avec l'assurance d'être dignement monté et joué, une fois accepté par un jury international.»

Dans le Temple de l'Art, on aménagerait une salle d'auditions «constituant en elle-même un colossal instrument de musique», deux galeries permanentes de sculpture, deux galeries permanentes de peinture, et de vastes galeries pour les expositions temporaires. Ce temple couvrirait un quadrilatère de plus de 250 mètres de côté, soit une superficie de 60.000 mètres carrés. Bien petite chose encore à côté de notre Louvre qui occupe près de 200.000 mètres!

Dans le Centre olympique, ouvert aux athlètes de toutes les nations, on verrait un stade de 800 mètres de côté, et un natatorium où «des statues de 80 mètres, représentant l'homme et la femme dans toutes les splendeurs de leur développement physique, formeraient une porte de leurs bras étendus et de leurs mains jointes».

Au milieu du Centre scientifique s'élèverait la Tour du Progrès, en acier revêtu de marbre, entourée de quatre palais immenses destinés aux congrès internationaux.