LA SANCTION DES INCIDENTS DE SAVERNE.--Le départ du 99e d'infanterie pour les camps de Bitche et de Haguenau. Le régiment se dirige vers les quais d'embarquement ou l'attendent deux trains spéciaux.--Phot. A. Merckling.
| L'empereur et le chancelier. | Le comte de Wedel et M. de Bethmann-Hollweg. | Les généraux von Deimling et von Linker. |
A DONAUESCHINGEN: LES TÊTE-A-TÊTE DANS LE PARC
Il a été dit, et par les personnages les plus autorisés, que le chancelier avait reçu des dépêches de l'empereur ordonnant d'accorder certaines satisfactions à la population de Saverne et que, las ou malade, il avait négligé de communiquer ces documents au Reichstag. Mais il apparaît surtout que le chancelier, qui eût pu refuser de répondre aux interpellateurs sur des actes qu'il ne contresignait pas: les ordres du cabinet militaire, accepta de défendre la mauvaise cause et laissa les coups s'abattre sur lui pour ne point découvrir son souverain. Le chancelier perdit la bataille. Mais l'empereur, demeuré théoriquement en dehors de la querelle, pouvait esquisser, dès lors, le geste d'apaisement et, de fait, au château de Donaueschingen--où il villégiaturait, comme en 1908, chez son ami, le prince de Fürstenberg--après avoir eu une conversation, dont le détail serait bien intéressant pour l'histoire, avec M. de Bethmann-Hollweg, le comte de Wedel, statthalter d'Alsace-Lorraine, et le général von Deimling, Guillaume II décida que «la garnison de Saverne serait transférée jusqu'à nouvel ordre aux champs de manoeuvres de Bitche et de Haguenau».
Le colonel du 99e et Mme von Reutter
attendent le rapide de Strasbourg.
L'ordre de départ, parvenu dans la journée du 5 au colonel von Reutter, fut tenu secret hors de la caserne, mais on devina, à l'émotion des femmes d'officiers et de sous-officiers, les préparatifs du grand déplacement. Le chef de gare fut avisé d'avoir à former d'urgence deux trains spéciaux.
Et le samedi C décembre, à deux heures de relevée, par un temps gris et glacial, les bataillons du 99e évacuèrent Saverne, tristement, malgré la musique, qui jouait des airs appropriés: «Je suis Prussien», «L'Allemagne avant tout», etc. Le colonel, escorté de quatre gendarmes, avait précédé ses hommes à la gare. Le lieutenant von Forstner ne parut point dans le défilé du départ. Et, dans les avenues ruisselantes, à peine quelques «Wackes», corrects et silencieux, regardaient la «petite garnison» qui, dans la boue froide et sous la neige fondue, s'en allait...
Albéric Cahuet.