Recto de la fiche anthropométrique de Vincenzo Perrugia. Le nom du voleur de la Joconde s'orthographie en réalité Perugia, et il est né à Dumenza, et non Domenza, dans la province de Côme et non dans celle de Coni.
Verso de la fiche anthropométrique de Vincenzo Perugia.
UN DOCUMENT QUI AURAIT PU FAIRE RETROUVER LA «JOCONDE» IL Y A DEUX ANS.
LE VOLEUR DE LA JOCONDE ET L'ANTHROPOMÉTRIE
L'imprévu dénouement de ce qu'on pourrait appeler le mystère de la Joconde a eu pour première conséquence la reprise de l'instruction ouverte, au lendemain du vol, par M. Drioux, juge d'instruction au tribunal de la Seine. En même temps, on s'inquiétait de rechercher ce qui avait été fait, alors, par l'autorité judiciaire, secondée par la police, pour retrouver les traces du coupable.
Vincenzo Perugia, on l'a vu plus haut, avait été, antérieurement à ce haut fait qui vient de le signaler à l'attention universelle, condamné à deux reprises par les tribunaux français: une première fois, le 23 juin 1908, à Mâcon, à vingt-quatre heures de prison pour tentative de vol; une seconde à Paris, le 9 février 1909, à huit jours de prison, pour violences et port d'arme prohibée.
Or, à l'occasion de l'affaire qui l'amena devant le tribunal correctionnel de la Seine, il avait été, fatalement, conduit à l'anthropométrie. Et donc le service de l'identité judiciaire, le service de M. Bertillon, devait avoir sa fiche. Il l'avait. Il l'a retrouvée dès qu'il a connu le nom du voleur.
Alors on s'est demandé comment il se faisait que la trace de l'auteur du sensationnel rapt n'eût pas été plus tôt découverte.
Car le signalement anthropométrique comporte les impressions digitales de tout individu qui a été une fois «bertillonné». Or, en examinant le cadre et la vitre de la Joconde, qu'on retrouva, on se le rappelle, dans un escalier conduisant de la salle des Primitifs italiens à la cour Visconti, on y avait relevé plusieurs marques de doigts qu'on photographia.
On compta d'abord sur ce mode d'investigations pour orienter l'instruction. Que si l'on avait pu, en effet, rapprocher, identifier les empreintes qu'avaient dû laisser sur le cadre les pouces du voleur et celles de la fiche de Perugia, d'emblée l'on retrouvait le coupable, qui n'avait pas quitté Paris. Seulement on ignora Perugia, ou du moins on ne songea pas à recueillir de nouveau ses impressions digitales.