La chambre de Vincenzo Perugia à Paris. Le réduit ou la Joconde passa deux ans.
Phot. «Matin».

LA GUERRE CIVILE AU MEXIQUE.--Un convoi d'insurgés blessés à la bataille de Juarez.

La lutte se poursuit, au Mexique, entre les troupes du gouvernement fédéral, aux destinées duquel continue à présider, en dépit des essais d'intimidation des États-Unis, le général Huerta, et les insurgés. C'est une guerre farouche, sauvage, dont on ne connaîtra jamais, peut-être, toutes les horreurs. Un des derniers épisodes de cette guerre civile--pour ne pas parler de quelques pendaisons en masse exécutées par l'un et l'autre des partis belligérants--a été une bataille livrée à Ciudad-Juarez à la fin du mois dernier. Elle a duré trois ou quatre jours, et aurait mis en présence des forces évaluées à 10.000 hommes. Il est d'ailleurs bien difficile d'en connaître les résultats, chacun des adversaires prétendant à la victoire. D'après l'auteur de la photographie reproduite ici, le général Pancho Villa, que nous avons, il y a quelque temps, présenté à nos lecteurs, aurait repoussé l'attaque des fédéraux et les aurait mis en déroute en leur prenant nombre de canons.

Quoi qu'il en soit, on juge par ce cliché combien cette guerre doit être rude: voici comment sont traités les blessés, recueillis et transportés sur de simples plates-formes, sans couchettes, sans abri, et soignés par des infirmières bénévoles qui accompagnent l'armée. Qu'on s'étonne, après cela, de la cruauté des représailles!

Mme SARAH BERNHARDT DANS UN DRAME DE M. TRISTAN BERNARD.
Jeanne Doré, portant déjà ses vêtements de deuil, devant le cachot de son fils condamné à mort.--Phot. A. Bert.

M. Tristan Bernard, qui recueille en ce moment sur deux théâtres de Paris les plus joyeux applaudissements avec Triplepatte et avec les Deux Canards, a voulu, dans une troisième salle, faire couler des larmes et il y a pleinement réussi, avec un drame très pathétique: Jeanne Doré. La simplicité même du titre indique la sobriété un peu sèche avec laquelle M. Tristan Bernard, suivant une formule nouvelle et toute personnelle, a composé ses sept tableaux, ce qui ne l'a pas empêché d'atteindre, vers le dénouement, à de la réelle émotion tragique. On y voit, en effet, une mère doublement crucifiée par son fils, condamné à mort, à qui elle vient accorder le réconfort d'une suprême entrevue, et qui, tout à d'autres pensées, la prend, à travers le guichet de la porte, pour la femme passionnément aimée qui fut la cause initiale du crime qu'il va expier... Mme Sarah Bernhardt a, notamment dans cette scène, soulevé les acclamations du public. Elle a pour partenaire le fils même de l'auteur, M. Raymond Bernard, qui a fait là, devant le grand public parisien et dans un rôle important, des débuts tout à fait remarquables.

CE QU'IL FAUT VOIR