Lundi dernier, à 4 heures, le président de la République a reçu au palais de l'Élysée, avec le cérémonial d'usage, le nouveau ministre de Chine à Paris, M. Hoo-Wei-Teh. Cette brève information, qu'ont donnée les journaux quotidiens, valait d'être commentée par l'image: c'était, en effet, la première fois que, pour la cérémonie de la présentation au chef de l'État, le ministre et les membres de la Légation de Chine, renonçant au traditionnel costume de leur pays, avaient revêtu l'uniforme assez guerrier des diplomates d'Occident. Les représentants de la jeune République seront désormais habillés, dans les réceptions officielles, à l'européenne.

Le cardinal Rampolla.
--Phot. J. Felici.

LA MORT DU CARDINAL RAMPOLLA

A peu de semaines de distance, le Sacré Collège a perdu deux de ses plus éminentes figures. Ce fut d'abord, tout récemment, le cardinal camerlingue Oreglia qui s'en alla, terrassé par l'âge, après une longue et magnifique carrière dans la pourpre romaine. Le cardinal Rampolla ne devait pas tarder à le suivre. Le célèbre secrétaire d'État de Léon XIII, le ministre francophile du Vatican, le pape désigné du dernier Conclave et que, seul, le veto de l'Autriche empêcha de monter sur le trône de Saint-Pierre, est décédé, presque subitement, mercredi dernier, un peu après minuit, dans son palais Sainte-Marthe, derrière Saint-Pierre.

Le cardinal Rampolla était né, il y a soixante-dix ans, à Polizzi, dans le diocèse de Cefalu, en Sicile. En 1867, il était entré à l'académie des nobles ecclésiastiques qui prépare les futurs diplomates de l'Église. Il fit la première partie de sa carrière dans les nonciatures et dans l'administration romaine. Ses succès diplomatiques comme nonce en Espagne lui valurent le rang de cardinal en 1887 et peu après le premier poste politique de l'Église. On sait l'esprit de conciliation et d'entente dont il fit preuve durant ce long ministère. Depuis l'élection de Pie X, le cardinal Rampolla vivait dans une retraite pleine de dignité et de grandeur. Il ne cessa jamais d'être un ami sincère de la France.

APRÈS LES INCIDENTS DE SAVERNE

Outre le déplacement des deux bataillons du 99e régiment casernés à Saverne, des sanctions--à double tranchant--devaient constituer l'épilogue des incidents de la petite garnison. Les premiers frappés auront été les soldats alsaciens qui se plaignirent des agissements du lieutenant von Forstner.

Le 11 décembre, en effet, à Strasbourg, ont comparu devant le conseil de guerre de la 30e division trois jeunes soldats du 99e, nommés Henk, Scheibel et Blelly, et appartenant tous trois à la 5e compagnie. L'acte d'accusation leur reprochait d'avoir désobéi à un ordre formel du colonel von Reutter qui, en présence de tout le régiment, le 18 novembre dernier, avait interdit à ses soldats de parler à l'extérieur des incidents qui pourraient se passer à la caserne. Les prévenus, en outre, avaient signé une déclaration publiée naguère par l'Elsoesser et dans laquelle ils affirmaient en leur âme et conscience que le lieutenant von Forstner avait tenu sur le drapeau français les propos orduriers que l'on sait.

Le conseil de guerre de Strasbourg a condamné, pour désobéissance, le soldat Henk à six semaines d'arrêts moyens et les soldats Scheibel et Blelly à trois semaines de la même peine. Aux termes de l'art. 25 du Code pénal militaire allemand, l'homme condamné aux arrêts moyens doit coucher sur le bois et reçoit comme nourriture du pain et de l'eau. Ces mesures de rigueur sont adoucies tous les quatre jours. Le conseil de guerre n'a pas voulu défalquer de la peine les quinze jours de prison préventive des accusés,--jeunes recrues qui étaient entrées seulement à la caserne le 15 octobre dernier.