Les Espagnols, appliqués dans leur zone, comme nous dans la nôtre, à poursuivre leur oeuvre d'occupation et de pacification, ont établi, à Tétouan, un parc d'aviation fort bien installé, comme on en peut juger par la photographie qui en fut prise précisément par l'un des officiers aviateurs.
Or, récemment, un de leurs aéroplanes faillit bien tomber aux mains des Arabes. C'est presque un miracle s'il put échapper à leurs coups.
Deux officiers le montaient, ayant pour mission d'aller opérer une reconnaissance dans les environs de la place. Très audacieusement, ils se tenaient à une faible hauteur, afin, sans doute, de pouvoir procéder à des constatations plus précises, et ne soupçonnant pas qu'ils pouvaient être exposés à quelque surprise. Or, ils avaient été aperçus par une troupe ennemie parfaitement embusquée.
Des balles sifflèrent autour d'eux, dont ils entendirent le choc mat contre les ailes. Eux-mêmes furent atteints, l'observateur, le capitaine Barreiro, très grièvement, au ventre et à la poitrine.
L'énergique officier fit montre d'un courage surhumain. Encourageant son compagnon, il l'exhortait à accélérer sa marche, afin de gagner en hâte le camp, éloigné d'une vingtaine de kilomètres.
En quelques tours d'hélice, d'ailleurs, ils avaient été hors de la portée de cette fusillade meurtrière.
Enfin, ils purent atterrir. Mais le capitaine Barreiro, épuisé par tout le sang qu'il avait perdu et les efforts qu'il avait faits, semblait mort. On eut beaucoup de peine à le ranimer.
On se livra à un examen minutieux de l'appareil. Les sièges qu'occupaient les deux aviateurs ruisselaient de sang, et des traces de coups de feu se constataient en divers endroits; les Arabes s'étaient montrés excellents et sûrs tireurs. C'est la première fois, croyons-nous, que des officiers sont ainsi blessés en action de guerre. Aussi le roi Alphonse a-t-il tenu à récompenser sans délai ces deux vaillants soldats.
Vue du camp d'aviation de Tétouan. Après le périlleux raid: l'examen des traces
des balles marocaines.