Ces observations faites, récapitulons, si vous le voulez bien, les moyens que l'électricité met ainsi à notre disposition dans une automobile moderne. Nous avons:

1. Une source indéfinie de courant, la dynamo. Tant que le moteur de la voiture tourne, le torrent passe. Qu'en ferons-nous? Nous diviserons ce torrent en ruisseaux que nous enverrons un peu dans tous les coins de notre voiture, comme un montagnard avisé détourne en filets l'eau du torrent pour en arroser ces prairies. Des fils porteront le fluide aux phares d'autres aux lanternes, un autre au falot réglementaire du numéro de police d'arrière. Nous profiterons de notre richesse de lumière pour en apporter un peu à l'intérieur même de notre carrosserie, à un plafonnier qui permettra à Monsieur de dire, à Madame d'émerveiller les passants; pour en donner aussi à notre mécanicien qui ainsi surveillera comme en plein jour le débit de l'huile, l'indicateur de vitesse, ou même l'ampèremètre et le voltmètre du tableau qui lui disent si sa petite usine électrique se porte bien; pour lui en donner encore au bout d'une baladeuse qui, en cas de panne, lui permettra de mettre des clartés dans les entrailles de sa machine! Enfin, le solde de ce torrent ainsi réparti sera absorbé par notre caisse d'épargne, notre batterie d'accumulateurs.

2. Nous avons à bord cette batterie, qui ne demande qu'à nous rendre le courant prêté. Elle le met à notre disposition pour trois effets différents. Par elle, nous pouvons tout d'abord faire de l'éclairage, ainsi que je l'ai démontré. Par elle il nous est loisible ensuite de faire de la traction. Installons un petit moteur électrique auprès du volant du moteur de la voiture, et envoyons-lui un peu du courant enfermé dans la batterie: voici ce gros moteur réveillé et lancé! Construisons un moteur électrique microscopique; munissons-le d'une petite roue à dents de scie qui vient gratter sur un disque en tôle; enfermons le tout dans un étui métallique, avec un pavillon qui amplifie le son... et, lorsqu'un peu du courant de la batterie passera dans ce moteur lilliputien, le monstre fera entendre son barrissement! Par un jeu de tout petits moteurs encore, un inventeur a proposé, comme je l'ai dit, qu'on fît manoeuvrer les glaces. Demain on réalisera de la même façon des crics et des pompes.

Par la batterie enfin nous pouvons faire du chauffage. On sait qu'un courant électrique échauffe toujours le fil au travers duquel il passe. La température ainsi produite est imperceptible si la grosseur et la longueur du fil sont calculées de telle sorte que le phénomène n'ait guère lieu; mais, inversement, il est facile de créer au courant une résistance déterminée qui, pour une valeur donnée, provoquera le simple échauffement du fil à 40 ou 50 degrés par exemple, ou son incandescence même; on constituera ainsi un tapis souple pour les pieds de Madame et un allumoir pour le cigare de Monsieur.

Tels sont donc les principaux éléments d'une installation d'électricité dans une automobile de 1914. Quel est maintenant l'avenir?

Fig. D.--Les principales applications du courant électrique à bord d'une automobile de 1914.

L'avenir est hérissé de plus de difficultés que je n'en ai énuméré encore! Car il s'agit aujourd'hui de simplifier, donc de serrer de plus près la perfection. La première victime, semble-t-il, sera la petite magnéto, si fidèle, si timide... Elle allume le moteur: sa soeur la dynamo ne le fera-t-elle pas aussi bien qu'elle?

La seconde absorption sera celle du moteur-démarreur: puisque, je l'ai expliqué, une dynamo est réversible et peut jouer, au gré du conducteur, le rôle de génératrice ou de réceptrice de courant, pourquoi continuerait-on à séparer cette double fonction pour la confier à deux organes distincts?

Et puis pourquoi la dynamo, à son tour, ne subirait-elle pas une transformation heureuse? Elle est pesante; or, un organe du moteur à explosions doit nécessairement être pesant: le volant. Pourquoi la «dynamo-magnéto-démarreur» ne serait-elle pas muée en volant? Les services électriques d'une automobile seraient ainsi «condensés» en un unique organe.