Fig. C.--Induits schématiques--1. Le fil, guipé de coton ou de soie, est bobiné un grand nombre de fois sur une pièce en fer doux, afin que la tension du courant produit soit plus grande; une lampe attachée à ses deux extrémités pourra recevoir ce courant alternatif et s'allumer quand l'induit tournera à une vitesse suffisante.--2. La batterie ne pouvant accepter de courant alternatif, l'induit est muni d'un collecteur qui, au moyen de balais, redresse le courant alternatif; la lampe est ainsi alimentée par du courant continu qui lui vient tantôt de la dynamo, tantôt de la batterie.

Voici donc constituée, par un électro-aimant et par un induit qui tourne entre ses masses polaires, une dynamo. Mais tout aussitôt les difficultés d'application commencent.

Tout d'abord le courant qui est produit de la sorte est du courant alternatif, c'est-à-dire (je ne puis en donner les raisons ici) qu'il va de droite à gauche pendant un demi-tour de l'induit, et de gauche à droite pendant l'autre demi-tour. La lampe électrique s'en accommode fort bien, mais le personnage désagréable dont la présence dans notre jeu est inévitable, je l'ai montré, la batterie d'accumulateurs, va tout de suite brouiller nos cartes. Comme elle ne peut supporter le courant alternatif, elle exige que la dynamo, qui est chargée de la nourrir, ne lui fournisse que du courant continu, un courant qui aille toujours dans le même sens! Ainsi le constructeur est-il obligé d'installer sur la dynamo un petit organe supplémentaire, heureusement fort simple, qu'on appelle un collecteur-redresseur, et qui a pour objet de transformer le courant alternatif de la dynamo en un courant de sens constant. Les ouvrages spéciaux expliquent le fonctionnement de cet organe.

La seconde difficulté est celle-ci: les accumulateurs cherchent à jouer un vilain tour à la dynamo. A force de s'emmagasiner dans la batterie, le fluide électrique prend en quelque sorte du ressort, de la tension, et, au fur et à mesure que la dynamo envoie aux accumulateurs du courant, ils cherchent à s'en défaire, c'est-à-dire à le décharger en elle! Tant que leur tension demeure inférieure à celle de la dynamo, tout demeure normal, car, de deux courants directement opposés, c'est évidemment le plus fort qui détermine le sens de courant général Mais si les accumulateurs l'emportent, même momentanément (et il suffit que le moteur ralentisse beaucoup, dans une rampe par exemple, pour que le courant de la dynamo baisse au point de devenir pratiquement nul), ils ce déchargent, sans cérémonie, dans la dynamo, laquelle est ainsi mise à mal.

Donc, ici encore, il a fallu imaginer un organe de sécurité, un conjoncteur-disjoncteur qui automatiquement fermât la porte au courant qui veut aller vers la dynamo et l'ouvrît au contraire au courant qui va vers la batterie; qui, en outre, et toujours automatiquement, aux moments où la dynamo ne donne aux lampes qu'un courant trop pauvre pour l'éclairage (ralentissement extrême du moteur), ou même n'en donne pas du tout (arrêt du moteur), envoyât à ces lampes le courant des accumulateurs.

Troisième difficulté. Les accumulateurs sont susceptibles d'acquérir un maximum de tension connu, qu'ils ne dépasseront jamais, sous peine d'en être tout désorganisés. Il est donc indispensable que la dynamo se conforme à ce maximum et ne soit pas capable d'envoyer aux lampes un courant plus élevé que celui qui peut être fourni par les accumulateurs. La résistance des lampes est par conséquent déterminée par le nombre d'accumulateurs qui forment la batterie, et non par la puissance de la dynamo. Or, comme la dynamo donne un courant de tension d'autant plus grande qu'elle tourne plus vite, et que le moteur qui l'entraîne peut parfois l'entraîner à de folles allures, il est indispensable qu'elle soit assagie, qu'elle comporte un régulateur qui calme soit sa vitesse soit son excitation, qui la mette «au pas» et protège ainsi les lampes contre des variations de tension désagréables à la vue, ou contre des exagérations de courant qui les brûleraient sur-le-champ. Comment cette régulation peut-elle être faite? Je me bornerai à répondre que c'est là un des points encore où la bataille des constructeurs est le plus acharnée: sept ou huit procédés sont en présence.

Le problème de l'éclairage électrique des automobiles présente donc de singulières difficultés, on le comprend. Il est probablement superflu que je déclare n'avoir fait ici que l'effleurer à peine.

Maintenant, pour nous consoler de tant de peines, veut-on bien que nous fassions une dernière expérience qui, elle, va nous donner une surprise heureuse?

Supposons que la dynamo que nous venons de construire soit détachée du moteur qui l'entraîne pour produire du courant, et qu'elle soit arrêtée. Relions ses deux balais aux deux bornes de la batterie d'accumulateurs au moyen de fils: voici tout à coup notre induit qui se met à tourner follement sur lui-même entre les branches de l'aimant! Il est devenu moteur.

En effet, dans une dynamo, les phénomènes sont réversibles: si on lui donne du mouvement (en faisant tourner son induit). elle rend du courant elle est génératrice; et si au contraire on donne du courant à son induit, elle rend du mouvement (elle se met à tourner), elle est motrice.