Sports.--Courses de chevaux: 28 et 30 décembre, 1er et 4 janvier Vincennes (trot); le 4 janvier, Nice (prix de Monte-Carlo).--Natation: au Nouveau-Cirque, jusqu'au 4 janvier, concours de sauvetage et d'appareils de sauvetage.

LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS

LE VILLAGE DE L'ONCLE HANSI

Un dessinateur alsacien, également célèbre mais inégalement goûté en Allemagne et en France, présidait, il y a quinze jours, au grand dîner officiel de littérateurs français. C'était au lendemain des incidents de Saverne. Dans l'hommage rendu par la Société des Gens de lettres à l'«Oncle Hansi», alors précisément qu'on discutait au Reichstag les définitions du mot «wackes», il n'y avait pas une coïncidence voulue. Mais la coïncidence existait tout de même et elle parut à ce point émouvante que, lorsque cet Alsacien, si complètement de sa race, dressa avec quelque gaucherie sa puissante silhouette--la silhouette de l'ami Fritz--pour nous parler de l'Alsace, un frisson passa dans la salle du banquet où s'était fait aussitôt un silence de cathédrale. Hansi, cependant, nous parlait avec la bonhomie de son accent guttural, traînant et appuyé. Il nous disait, en souriant, que nous étions, ce soir-là, présidés par un wackes et même par un «oberwackes» (un survoyou d'Alsace) comme on l'appelait là-bas. Mais l'esprit de Hansi est un de ces vieux vins de France qui réchauffent l'âme en mouillant les yeux. Et quand il parle, quand il écrit ou quand il dessine, le rude et simple et fin bonhomme de Colmar reste le même, doux et redoutable, avec cet humour grave qui vous donne une envie de pleurer...

Hansi, ces derniers jours, n'était point d'ailleurs venu en France uniquement pour présider un dîner de gens de lettres amis. Il avait été mandé à Paris pour surveiller l'édition de son nouvel album: Mon village [1] qui ajoute à son Histoire d'Alsace un admirable chapitre contemporain.

[Note 1: ] [ (retour) ] Edition Fleury, 10 fr.

Le village de l'oncle Hansi se trouve «non loin de la grande route, du côté de Wissembourg ou de Niederbronn». Vous vous arrêtez à quelque petite station fleurie. Devant vous, au bout d'un étroit chemin bordé d'arbres fruitiers, un vieux clocher pointu s'élance au-dessus des blés où perce la dentelle des houblons. Et voici des toits qui fument, une petite place où l'arbre de la liberté verdit encore, une maison d'école avec son nid de cigogne et son beffroi... Voici des fillettes avec leurs petites jupes gaies, rouges ou bleues, des jeunes filles «dont la calme beauté est couronnée d'un large ruban noir». Voici de grands jeunes gens au vêtement sévère relevé par la vive note rouge du gilet, et voici des vieux avec, encore, l'ample redingote et le tricorne. Voici les fiancés qui se promènent, mains unies, les anciens qui causent sur leur porte. L'air est plein de chants d'oiseaux et de chansons d'enfants. Ne vous semble-t-il pas que vivre en ce joli village serait tout le bonheur humain? Oui,... oh! oui... si, tout en haut, au bout de la rue, n'apparaissait la silhouette pesante et casquée du gendarme...

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un beau pré où garçonnets et fillettes jouent à la guerre et régulièrement «mettent en fuite l'ennemi toujours représenté par les dix enfants du gendarme prussien».

Dans le village de l'oncle Hansi, il y a deux maîtres d'école: l'un, le père Vettei est un vieux d'avant la guerre, un vieux en tricorne et en lévite. Tout le monde l'aime, il assiste à tous les baptêmes, à tous les mariages et il continue--en cachette--d'apprendre le français aux petits enfants. L'autre maître, son adjoint, est un jeune instituteur allemand en veston de drap vert, et qui a toujours à la main une baguette impitoyable... Et devant l'école, il y a une place où les petits élèves tirent au sort, avec une plume dans un livre fermé, les petits soldats de papier imprimés à Epinal. Quelle raillerie si, par malheur, on gagne un soldat prussien!...

Dans le village de l'oncle Hansi, il vient des touristes allemands, en petit chapeau à plumes et tout habillés de vert, du vert moutarde au vert épinard, toutes les nuances du vert, sauf le vert espérance. Ils déballent, à l'auberge, des saucisses, des marmelades, et réclament une grande cruche de bière pour monsieur et une petite pour le reste de la famille... Et il y a aussi, parfois, des touristes français, vite entourés, et qui devraient revenir plus souvent.