HENRI LAVEDAN.

M. JULES CLARETIE
qui vient de mourir, le 23 décembre, encore administrateur de la Comédie-Française, et au moment où il venait de commencer, dans le Journal, la publication de ses Mémoires.--Photographie prise dans la Galerie des Bustes du Théâtre-Français.

La vie a d'étranges hasards. Au moment où, près d'abandonner l'administration de la Comédie-Française, M. Jules Claretie commençait dans le Journal la publication de ses Mémoires, notre éminent collaborateur M. Henri Lavedan avait eu la pensée de lui consacrer ici un article tout amical et charmant, que nous avions illustré d'une toute récente, et maintenant bien émouvante photographie. Le funèbre événement qui, mardi soir, a surpris Paris, donne, hélas! à cette chronique un surcroît d'actualité que n'avait pu prévoir son auteur.

Quand nous parvint la nouvelle de la fin soudaine de M. Claretie, les dernières pages de ce numéro, qu'il fallait achever avant les fêtes de Noël, descendaient sous presse. On imprimait «le Courrier de Paris». Nos lecteurs ont donc, tout vif, à défaut d'une notice nécrologique que nous ne pouvons songer à improviser à la hâte, l'hommage sincère rendu par M. Henri Lavedan à son collègue de l'Académie française, à un confrère qu'il ne s'attendait pas à voir si brusquement disparaître. Ils y trouveront tous les éléments d'un portrait finement vu, élégamment campé. Et les plus anciens se rappelleront peut-être--non sans quelque mélancolie, car c'est bien loin déjà--que des années et des années, à la place où ils lisent aujourd'hui cet article, celui dont on évoque la bienveillante physionomie les entretint lui-même, à la semaine la semaine, d'une plume alerte et souple, des mille et un événements, grands ou petits, de la vie de Paris et d'ailleurs: le Bastignac de la vieille Illustration, c'était M. Jules Claretie.

«LA BELLE AVENTURE»

Une grand'mère octogénaire personnifiée, au Vaudeville, par une artiste qui a l'âge du rôle:
Mme Daynes-Grassot; à son côté, Mlle Madeleine Lély.

L'un des attraits de cette pièce, qui en a tant d'autres et que ses trois auteurs, MM. de Caillavet, Robert de Fiers et Etienne Rey ont parée de tout ce que la grâce la plus tendre, l'esprit le plus brillant, le talent le plus sûr peuvent produire de mieux achevé, est que l'un des personnages est une grand'mère--de soixante-quinze ans, avaient d'abord indiqué les auteurs--de quatre-vingt-un ans, rectifièrent-ils, sur la demande de leur interprète, Mme Daynes-Grassot, qui avait la coquetterie de vouloir porter en ce rôle son âge réel... Il n'était pas inutile de souligner ce détail pour tous ceux, innombrables, qui iront applaudir la Belle Aventure au Vaudeville et qui ne l'auraient point soupçonné à voir la souriante vivacité de cette petite vieille en robe de 1851--robe qu'elle porta à cette époque!--rajeunie à la mode de 1864, presque toujours en scène pendant le deuxième et le troisième acte et qui met dans son jeu toute l'adresse experte et la grâce infinie avec laquelle les auteurs ont conduit leurs scènes et leur dialogue pour faire applaudir une situation dont on ne s'aperçoit pas qu'elle est un peu risquée.

Il n'est, au premier acte, pas un spectateur qui ne souhaite que la jeune mariée s'évade, fût-ce en sa robe blanche, de l'union sans amour à laquelle on l'a poussée et parte, avec celui que son coeur a élu, vers la belle aventure; et, au second acte, si la vieille grand-mère, recevant les jeunes gens qu'elle croit être déjà, l'un comme l'autre, ses petits-enfants, bénit leur amour, n'est-ce pas la faute, uniquement, des circonstances, n'est-elle pas trompée en toute bonne foi,--si bien qu'au troisième acte, alors qu'elle découvre l'involontaire supercherie en même temps qu'elle apprend que tout va être réparé, elle ne peut garder longtemps rancune à sa petite-fille... On a uni, dans les enthousiastes applaudissements adressés aux auteurs et à cette alerte doyenne de nos comédiennes, les autres interprètes au premier rang desquels Mlle Madeleine Lély, MM. Victor Boucher et Capellani.