M. Albert Besnard. M. di San Giuliano. M. Credaro. M. Barrère. M. Vicini. M. Casaglia. M. Corrado Ricci.
Au ministère de l'Instruction publique à Rome: la cérémonie de la remise de la Joconde à l'ambassadeur de France.--Phot. Robert Vaucher.
LA «JOCONDE» A ROME
Notre correspondant de Rome nous envoie ces intéressants détails sur la cérémonie de la restitution à la France de la précieuse peinture de Léonard de Vinci:
Rome, 21 décembre 1913.
Florence a vu partir hier sa noble hôtesse. Après un court séjour dans la jolie ville toscane, Monna Lisa a été de nouveau mise entre deux morceaux de velours rouge, puis elle a pris le chemin de Rome.
Ce n'était plus en contrebande qu'elle voyageait, mais bien comme une reine. Pour remplacer le coffre de bois blanc de Perugia on avait confectionné pour elle une ravissante caissette de noyer, bien capitonnée, où elle ne risquait pas de s'abîmer. Monna Lisa avait sa garde d'honneur, composée de M. Corrado Ricci, directeur général des Beaux-Arts, de M. Poggi, directeur de la Galerie des Offices, et de plusieurs inspecteurs de police. Tout le long du trajet, le convoi reçut les honneurs qu'on prodigue à un train royal. Des carabiniers à toutes les stations et, dans le train, des agents en bourgeois veillaient à la sécurité de la belle voyageuse.
A l'arrivée à Rome, hier, M. Casaglia, chef de cabinet du ministre de l'Instruction publique, attendait à la gare pour recevoir officiellement le précieux colis que portait M. Ricci lui-même. En passant à l'octroi, un douanier voulut ouvrir la caisse. «--Cela ne paie pas de droits», lui répondit-on. «--C'est un objet sans valeur!» s'écria un journaliste.
La foule, apprenant l'événement, se pressait à la sortie. De tous côtés, l'on criait: «--Qui est arrivé?--Monna Lisa!» Le public restait bouche bée, quand il s'apercevait que tous ces honneurs s'adressaient à un simple coffret de noyer.
L'automobile portant le tableau et ses chevaliers servants réussit non sans peine à fendre la foule et arriva au ministère de l'Instruction publique. Là, en présence du ministre, M. Credaro, la Joconde fut sortie de son écrin, replacée dans le cadre qu'elle avait à Florence et exposée dans l'antichambre du ministre, dont la fenêtre donne sur la place de la Minerve.