A 10 heures du soir, M. de Schoen, ambassadeur d'Allemagne, quitte enfin Paris, par train spécial mis à sa disposition. L'impératrice douairière Marie Féodorovna, rentrant en Russie, est arrêtée en Allemagne et conduite à la frontière danoise.
Mardi, 4 août.--Le matin, à Paris, obsèques solennelles de M. Jean Jaurès, assassiné le vendredi 28 par un exalté.
Réunion des Chambres françaises. Séance émouvante. M. Paul Deschanel rend un hommage ému à la mémoire de M. Jaurès. M. Viviani donne lecture du message du président de la République et de la déclaration du gouvernement. Dans un magnifique élan, les lois nécessaires à la défense nationale sont votées à l'unanimité.
L'Angleterre adresse à l'Allemagne un ultimatum, lui accordant jusqu'à minuit pour déclarer qu'elle respectera la neutralité de la Belgique. Cet ultimatum est rejeté. L'ambassadeur britannique et celui de la République reçoivent leurs passeports.
A 8 heures 30, l'Allemagne déclare la guerre à la Belgique. L'armée allemande pénètre sur le territoire belge par Gemmenich et Dolhain, à l'Est de Liége, Francorchamp, Stavelot. Trouvant des ponts coupés qui retardent sa marche, elle écorne le territoire hollandais à Tilbourg, franchit la Meuse à Eijsden et arrive à Visé. Cette ville, qui se défend, est incendiée.
Le matin, à 4 heures, Bône, en Algérie, est bombardée par un croiseur allemand, le Breslau. A 5 heures, Philippeville subit le même sort de la part du Goeben. Peu de victimes.
L'armée austro-hongroise est toujours tenue en échec par les Serbes.
Mercredi, 5 août.--Liége, sommée de se rendre, résiste victorieusement aux envahisseurs. Un corps d'armée allemand attaque de front les troupes belges qui l'arrêtent, contre-attaquent et le repoussent en territoire hollandais. Les forts de Liége détruisent un pont de bateau jeté par les Allemands sur la Meuse. Les pertes allemandes seraient très élevées; les troupes belges ont ramassé dans les lignes ennemies 600 blessés.
La reine des Pays-Bas déclare une partie du territoire en état de guerre.
En France, quelques escarmouches: à Norroy-le-Sec, près de Briey, des dragons allemands sont surpris par des cavaliers français qui en tuent 5 et en blessent 2; à Rechésy, à la frontière suisse, des cavaliers français surprennent une patrouille allemande, lui tuent 3 cavaliers, en prennent 2, poursuivent le reste en territoire suisse.