L'AUBE DU 1er AOUT AU VILLAGE.--Le salut du coq.
Dessin de L. Sabattier.
L'heure n'est point à la littérature, et si cette image n'était qu'une allégorie, une facile imagination de poète, elle serait de peu de prix. Mais elle est vraie; elle est quelque chose qui a existé, et que d'innombrables yeux ont vu. Nous en tenons le témoignage d'un des jeunes hommes qui en eurent à l'aube du samedi 1er août, le pathétique et inoubliable spectacle.
La mobilisation n'était point officielle encore; mais les premiers appels individuels avaient été lancés dans les campagnes, et de toutes parts, au lever du jour, on voyait s'avancer allégrement, joyeusement, sur les routes, ceux de qui la Patrie réclame les coeurs et les bras. Ils marchaient par groupes, au pas, dans la splendeur du soleil levant; et soudain le chant d'un coq résonna; à ce coup de clairon, nous contait un de ces jeunes hommes, un autre coup de clairon répondit; puis deux, puis trois; et bientôt ce fut, au-dessus des fermes et des chaumières, comme un concert de notes stridentes et joyeuses qui s'élevait...
Ne dirait-on pas qu'il y eut quelque chose de providentiel dans ce hasard qui mettait le salut du coq gaulois sur le chemin de ceux qui allaient défendre la terre de Gaule!
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LES FRONTIÈRES DE LA FRANCE ET DES PAYS NEUTRES (Luxembourg,Belgique et Pays-Bas) VIOLÉES PAR LES ARMÉES ALLEMANDES. Plan cavalier par L. Trinquier
Ce plan cavalier se présente avec une perspective qui, au premier abord, déroute un peu notre oeil habitué à la topographie des cartes. Il permet cependant d'embrasser, sans effort, tout l'ensemble des lignes frontières qui ont été jusqu'ici violées par les Allemands. Voici, d'abord, dans la trouée de Belfort, tout près de la Suisse, le petit village de Joncherey, où est tombé le premier soldat français; à l'autre extrémité des Vosges, Cirey, où se produisit aussi une escarmouche. Plus loin, Thionville, Remisch, Wasserbilig, Trois-Vierges, par où fut perpétrée sans coup férir l'invasion du Luxembourg; enfin, à l'est du Grand-Duché, le territoire belge que l'ennemi a envahi depuis Arlon et Verviers jusqu'à Liége et à la pointe que dessine au sud le territoire des Pays-Bas.
Mieux encore peut-être que sur notre carte publiée d'autre part apparaît l'objectif de l'armée allemande: forcer la Meuse dans l'espoir de pouvoir s'épandre rapidement, d'une part, vers Laon; d'autre part, au delà de la Sambre et de Maubeuge, et converger ainsi dans deux directions vers Paris. A l'heure où nous écrivons ces lignes, on peut donc s'attendre à une action importante des forces combinées anglo-franco-belges contre l'armée allemande dans la région de Givet où tout a été depuis longtemps prévu par notre état-major.
SCÈNES DE LA MOBILISATION DANS LES GARES ET DANS LES RUES DE PARIS