LES VAINQUEURS DE HAELEN.--Peloton de cyclistes ayant mis en batterie leurs mitrailleuses portatives, dont le tir a arrêté l'élan de la cavalerie allemande.--Phot. Montigny.
S. S. PIE X qui vient de mourir sans avoir pu conjurer la guerre générale
qui va ensanglanter toute la chrétienté. Phot. Histed.
Au moment même où nous achevons ce numéro, arrive une nouvelle qui ajoute une émotion profonde à toutes celles que nous éprouvons depuis quelques jours: le pape Pie X est mort jeudi matin, à une heure et demie.
Depuis plus d'un an déjà, la santé du Saint-Père était chancelante. Son grand âge--il était bientôt octogénaire, ce qu'on n'imaginerait jamais à voir ses plus récentes photographies--faisait à tout instant redouter la fatale catastrophe. En quelques jours, un catarrhe pulmonaire vient d'achever de terrasser l'auguste vieillard.
A quelle heure sombre il disparaît! Il avait fait les plus nobles et les plus pressants efforts pour conjurer l'orage. Il avait eu la superbe illusion de pouvoir exercer quelque ascendant sur le vieil empereur François-Joseph, «Majesté Apostolique», comme lui au terme d'une longue vie, et que l'adversité acharnée eût dû rendre sage. Il avait espéré le déterminer à la démarche, au geste qui eût assuré la paix. Un autre esprit démoniaque contrebalançait sa bienveillante influence. Il fut vaincu. Et il n'est pas téméraire de penser que le spectacle douloureux que lui offrit, à ses dernières heures la chrétienté tout entière aux prises dans une lutte farouche et sans merci, ait abrégé peut-être les heures du Pontife, du pasteur des peuples catholiques.
LA FRANCE ENTIÈRE PASSE!
Un arrêt, dans une gare, d'un train de tirailleurs indigènes, débarqués d'Algérie,
et en route pour le front.
Dans ce pays en ébullition, où vibrent, confondues dans un même belliqueux enthousiasme, les races de toutes les provinces, où la nation armée tout entière se rue d'un seul élan vers les frontières, quels convois divers n'auront pas vu passer, stupéfaits, ceux qui demeurent au foyer, soit que leur fenêtre s'ouvrit au bord de quelqu'une des grandes artères ferrées qui mènent aux lieux de la décisive lutte, ou que leur curiosité, mêlée de regrets, les portât, chaque jour, vers la gare prochaine, vers le passage à niveau voisin! Ainsi des paysans qui n'ont jamais quitté leur chaumière, on encore, comme disait Coppée, «des Parisiens rêveurs qui n'ont pas voyagé», des «banlieusards» surtout, auront pu, ces jours derniers, saluer au passage des combattants qui viennent du plus loin où s'étend le sceptre paternel de la France, et les combler de fleurs, et leur verser à boire: les «turcos», comme on les appelait autrefois, qui, dans la précédente guerre franco-allemande, avaient si fort déconcerté nos adversaires en maintes rencontres,--les tirailleurs indigènes, dans les rangs desquels marchent coude à coude de blonds fils de la métropole que l'amour des aventures poussa à quelque engagement sensationnel, des Berbères au teint presque aussi clair, des Arabes au nez aquilin, et jusqu'à des noirs du plus bel ébène, enfants du torride Soudan.