Ces trains constituent de véritables hôpitaux roulants. Chacun comprend vingt-trois wagons. Un wagon est spécialement réservé à la chirurgie (instruments, objets de pansement, appareils à fractures, etc.), à la pharmacie et à la lingerie. Seize wagons sont consacrés aux blessés, avec 8 lits par wagon, soit au total 128 blessés par train. Un wagon est réservé aux officiers, au nombre de quatre: un médecin major, médecin chef du train; un médecin aide-major, un pharmacien major, un officier d'administration affecté au train comme gestionnaire. Un autre wagon est destiné aux infirmiers (28 y compris les gradés). Trois voitures sont réservées à la cuisine, à la dépense et aux provisions; ces voitures sont particulièrement bien aménagées, rien n'a été négligé pour que la préparation des aliments puisse être aussi parfaite qu'il est possible pour des hommes blessés et malades; un cuisinier de métier, assisté de deux aides, tous trois prévus dans le personnel, sont préposés à cet office. Mieux que toutes les descriptions, nos photographies montrent quel soin a été apporté à l'installation et au bon fonctionnement de ces services importants. Le vingt-troisième wagon sert pour mettre les débarras et le combustible. Tous les wagons communiquent entre eux par des plates-formes qui permettent au personnel de circuler d'un bout à l'autre du train.
On le voit par ce court résumé, le service de santé de notre armée a assuré dans les meilleures conditions l'évacuation des blessés.
Prisonnier de marque.
Cent ans après Waterloo, le descendant direct du généralissime prussien, Leberecht von Blücher, prince de Wahlstadt, a trouvé le moyen de se faire prendre par les gendarmes anglais dans des circonstances fort peu dramatiques.
Le prince de Blücher avait acheté, voici quelque dix ans, un des îlots de l'archipel anglo-normand, Herm, entre Guernesey et Sercq. Il y avait fait construire un somptueux château. Avec une morgue bien prussienne, il ne manquait jamais une occasion d'insulter, et même d'outrager les touristes qui débarquaient sur les rivages de son île, qu'ils fussent Français ou Anglais.
Les autorités militaires de Guernesey l'avaient donc «à l'oeil». Jusqu'au dernier moment, l'héritier du vainqueur de Waterloo avait conservé l'espoir que l'Angleterre, l'ancienne alliée de la Prusse, contemplerait en spectatrice le terrible conflit que l'Allemagne voulait et préparait. Il ne se décida à boucler ses malles qu'au reçu d'un télégramme de Berlin. Mais il était trop tard.
La nuit de la déclaration de guerre, soit une heure après l'expiration du délai imposé à l'Allemagne pour l'évacuation de la Belgique, des agents de police de Guernesey débarquaient à Herm, envahissaient le château et arrêtaient le prince au saut du lit. Triste aventure pour le descendant d'un héros national!
Herm, notons-le en passant, est le seul coin d'Europe où vivent en liberté des marsupiaux. L'île appartenait précédemment à un riche Australien qui y acclimata deux couples de kangourous, dont la progéniture s'est multipliée.
L'abbé Wetterlé (en costume civil)
arrivant à Pontarlier.