Il est réconfortant, à l'heure où la France a été amenée à faire oeuvre de guerre, de constater que toute la presse américaine vient de rendre ardemment hommage, en cette occasion, au génie français, initiateur de cette gigantesque oeuvre de paix.

Le Cristobal vient de franchir l'écluse supérieure pour pénétrer, halé par une locomotrice, dans le lac artificiel de Gatun.

LES RELIEFS DU SOL ET LE MOUVEMENT DES ARMÉES

Carte figurant le relief du sol dans la région Est et Nord-Est du bassin de Paris.

Les mouvements des armées se trouvent en quelque sorte déterminés par les formes du terrain où elles opèrent, et les lignes de défense, comme les points d'attaque, sont pour ainsi dire marquées d'avance par les reliefs et les dépressions du sol. Il nous paraît donc utile de présenter à nos lecteurs un tableau sommaire des lignes topographiques directrices du théâtre de la guerre. Cette esquisse leur permettra de saisir la raison des directions prises par les armées, et d'apprécier la valeur des diverses positions qui auront été occupées.

Si l'on examine une carte de l'Europe centrale et occidentale, au Nord des Alpes, on remarque deux zones parallèles, absolument distinctes. C'est d'abord, une longue traînée de larges îlots montagneux: les monts de Bohême; le vaste complexe de reliefs et de plateaux que coupe le Rhin, de Bâle à Coblenz, et qui comprend, sur la rive gauche du fleuve, les Vosges, l'Hunsrück et l'Eifel que prolonge l'Ardenne; enfin, en France, notre massif central. Au Nord et à l'Ouest de ces reliefs, le sol s'abaisse et c'est une suite de vastes plaines: l'Allemagne du Nord, la Hollande, le bassin de Bruxelles et, en France, le bassin de Paris.

Sous ce dernier nom, les géographes et les géologues désignent non pas les environs immédiats de Paris, ni même l'ensemble des régions drainées par la Seine et ses affluents, mais toute la région relativement déprimée comprise entre l'Ardenne, les Vosges, le versant Nord du Plateau central et le massif armoricain. Ce vaste territoire, qui renferme en quelque sorte le coeur de la France, n'est ouvert ni vers le Nord-Est, ni vers l'Est, du côté de la frontière allemande, comme on l'affirme trop souvent. Au contraire, les épisodes géologiques qui ont affecté cette partie de la France y ont créé, du côté de l'Allemagne, trois lignes de défense naturelle. Dans la région orientale du bassin de Paris les affleurements des assises de différents âges plongent vers l'intérieur de la dépression en formant comme une série de cuvettes emboîtées les unes dans les autres. Les bords extérieurs de ces cuvettes s'étant trouvés soumis à de puissantes érosions dans le cours des âges géologiques, il en est résulté une série de falaises tournées vers l'Est, et le Nord-Est, des «auréoles», pour employer le vocabulaire géologique.

C'est ainsi que les affleurements jurassiques engendrent une première ligne de hauteurs: plateaux et collines de Langres, de Bassigny, du Barrois, «côtes de Meuse» et Woëvre. En arrière de ce redan, l'auréole crétacée dessine au-dessus de la Champagne humide, de Vitry-le-François jusqu'à Chaumont-Porcien, une seconde falaise, flanquée en avant par le massif de l'Argonne dont le nom évoque les glorieux souvenirs de 1792. Enfin, à l'Ouest de cette enceinte naturelle, les dépôts tertiaires de la Champagne pouilleuse forment une troisième ligne de défense, avec la falaise de l'Ile de France et la montagne de Reims.