L'importance militaire de ces «auréoles» géologiques est attestée par l'emplacement de nos places fortes. Verdun, Toul et Langres sont assis sur l'auréole jurassique; les forts de Reims sur l'auréole tertiaire. Flanquées à l'Est par les Vosges, et au Nord par l'Ardenne, renforcées par de nombreuses fortifications et garnies de nombreuses troupes pleines d'ardeur, ces trois lignes de défense naturelle présentent à l'adversaire un front solide; aussi les Allemands ont tenté de le tourner par le Nord. De ce dernier côté, en effet, les lignes de circonvolution du bassin de Paris présentent deux brèches dangereuses.
La première, relativement étroite, est produite par une extension de l'auréole jurassique à travers le Luxembourg, au milieu de l'Ardenne. La vallée de la Chiers, affluent de droite de la Meuse, Longwy et Stenay en déterminent la situation. Par cette brèche, il est possible de tourner les «côtes de la Meuse» et l'Argonne, puis de déboucher dans la vallée de l'Aisne. C'est la route suivie par les Prussiens en 1792. De nouveau, en 1914, ils ont voulu utiliser cette trouée, et dans ce dessein ils ont envahi le Luxembourg. Une fois maîtres de la capitale du Grand-Duché, ils ont tenté de s'infiltrer par la vallée de la Chiers.
Beaucoup plus large est la seconde brèche. Au pied des versants Nord-Ouest et Ouest de l'Ardenne s'ouvre un long et profond sillon, occupé d'abord par la Meuse, puis par la Sambre, et qui aboutit dans la haute vallée de l'Oise. Etranglée, de Liége jusqu'en amont de Charleroi, cette dépression s'élargit à mesure que l'on avance vers le Sud-Ouest et conduit finalement dans la Thiérache et dans les plaines du Nord de la France. De ce côté, pas le moindre obstacle naturel. Tout au contraire, un terrain facile, se prêtant au déploiement des armées, et leur offrant d'abondantes ressources. Aussi bien, désespérant de pouvoir forcer nos lignes de défense de l'Est, l'état-major allemand a choisi cette trouée comme ligne d'invasion. Elle était, il est vrai, protégée par la neutralité de la Belgique, mais les barbares tudesques ne sont pas gens à se laisser arrêter par de vains scrupules et ils acheminèrent leurs colonnes à travers l'Ardenne belge pour gagner le plus rapidement possible la large porte ouverte vers l'Oise et vers Paris. Alors que le grand état major de Berlin avait simplement prévu une promenade militaire, il a rencontré devant lui d'admirables troupes qui ont infligé à l'aigle prussienne un premier échec et lui ont imposé un arrêt devant les forts de Liége. Mais alors, l'ennemi, fidèle à ses principes stratégiques, s'est efforcé de déborder l'armée belge en lançant des masses de cavalerie sur la rive gauche de la Meuse, à travers le Luxembourg et le Brabant.
Aujourd'hui le théâtre des opérations s'étend sur quatre régions naturelles différentes. A l'extrême gauche, sur la rive gauche de la Meuse, c'est le Brabant, le Limbourg et l'Hesbaye, pays de plaines accidentées de vallonnements; puis vient l'Ardenne, un bloc de plateaux doucement incliné vers le Nord-Ouest, relevé au contraire du côté de la France, pays de forêts et de marais; plus loin, en avant de Nancy, le plateau de Lorraine, région de plaines boisées, sillonnée de rivières et d'étangs; s'appuyant au Donon, enfin, la crête des Vosges sur laquelle nous nous maintenons et d'où nous pourrons redescendre en Alsace.CHARLES RABOT.
LES VOLONTAIRES ÉTRANGERS
Un embarquement de volontaires étrangers
aux environs de Paris.
Parmi tant de spectacles réconfortants auxquels nous assistons depuis un mois, il en est un qui semble les résumer tous: c'est l'empressement des volontaires de toutes nationalités à s'enrôler sous notre drapeau. Cet empressement atteste à la fois la justice de notre cause, la sympathie qu'elle impose, l'espoir qu'elle inspire. A Paris, seulement, près de 30.000 étrangers ont demandé à servir la France. On a choisi d'abord les plus valides et on en a formé plusieurs groupes, sans distinction de nationalité, qui, une fois habillés et équipés, seront exercés au métier militaire, puis dirigés sur le front. Notre photographie représente le départ d'un train où sont réunis des Belges, des Suisses, des Italiens, des Hongrois, des Polonais, des Russes, des Serbes, prêts à combattre pour un même idéal.