Il eut un juron, et, frappant son portefeuille, il mâchonna:
--Vous croyez que c'est à cause d'eux que je me battrais? C'est à cause d'eux que je ne me battrai pas!
Et ce que j'en ai entendu d'invectives à l'adresse de l'empereur et de son armée!
C'est ainsi qu'ils traversèrent Bruxelles, les terribles soldats de cette majesté pacifique.
Avec plus de sobriété, les officiers, d'ailleurs, ne montraient pas plus d'enthousiasme. Un de ceux qui prenaient leur repas à l'hôtel prononça tristement:
--La Belgique sera notre tombeau.
Et ses camarades ne protestèrent pas. Cela, du moins, n'empêcha pas qu'ils burent du champagne déraisonnablement, mais ils buvaient en silence, rageusement, à pleins verres.
Pendant cette fin de semaine, si lourde de menaces et endeuillée, Bruxelles ne s'est pas douté qu'un héros était né de la poussière même que soulevait la horde des envahisseurs. Ce n'est qu'au bout de quelques jours qu'il a connu la conduite de son bourgmestre Adolphe Max.
Cet homme-là sera, désormais, une des grandes figures du Brabant bourgeois.
Avec un tact, une énergie, une diplomatie au-dessus de tout éloge, et aussi avec une lucidité spirituelle dont il n'est pas commun de trouver l'exemple dans des circonstances aussi tragiques, il est entré vivant dans le livre des patriotes illustres de la Belgique.