Son heure a sonné quand on l'a prévenu que l'armée allemande approchait de la ville. Aussitôt, il réunit son collège et décida d'aller parlementer. Sur un jonc brut, on cloua hâtivement une grande serviette de toilette et, précédé de ce fanion improvisé, que portait le secrétaire communal, accompagné des échevins Steens et Jacqmain, le bourgmestre se mit en route. Ce fut le lieutenant d'état-major Kriegsheim qu'il rencontra et c'est à lui qu'il demanda de renoncer à faire traverser Bruxelles par les troupes allemandes. Il le fit avec un beau courage, parlant du droit des gens, alors qu'on ne parlait devant lui que du droit du plus fort; à bout d'arguments, et devant le refus qu'on lui imposait, il annonça qu'il désirait télégraphier à l'empereur d'Allemagne, «ne pouvant tolérer, dit-il, que l'armée d'un souverain qu'on avait fêté à Bruxelles pénétrât dans Bruxelles sans y être autorisée par ceux qui administraient la ville». Et il tint si bon, qu'il fallut en passer par sa volonté. L'officier prit la dépêche et s'en fut la présenter à son chef. Au bout d'une demi-heure, les pourparlers reprirent. L'officier informa le bourgmestre que la dépêche serait transmise, mais qu'il était nécessaire, en attendant, de se soumettre aux ordres du général commandant le 4e corps, savoir: l'armée traverserait la ville; l'agglomération serait tenue de pourvoir à l'entretien des troupes allemandes pendant leur séjour.
«Le capitaine Kriegsheim, poursuit-on dans le procès-verbal, a requis d'autre part la ville de Bruxelles et les communes de l'agglomération de payer, à titre de contribution de guerre, dans les trois jours, une somme de 50 millions de francs en or, argent ou billets de banque, la province de Brabant ayant à payer pour le surplus, à titre de contribution de guerre, une somme de 450 millions de francs, somme pouvant être payée en traites au plus tard le 1er septembre 1914.
»Le bourgmestre de Bruxelles, protestant contre la violence qui lui a été faite, a déclaré ne céder qu'à la contrainte...
»Il a fait connaître son intention de siéger en permanence à l'hôtel de ville pour veiller à la bonne marche des services.
»M. le capitaine Kriegsheim a communiqué qu'il avait reçu mandat de retenir provisoirement à la disposition du commandant allemand, pour garantir la bonne conduite de la population bruxelloise, le bourgmestre de Bruxelles, le conseil communal et cent notables de la ville...»
A ce moment, le bourgmestre interrompit la lecture:
La salle de l'Indépendance, à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, où le bourgmestre, M. Max, a dressé son lit depuis le début de l'occupation allemande.
Phot. Gaston Chérau.
--Si vous voulez un otage, prononça-t-il, sans se départir de son calme, me voici! Faites de moi ce que vous voudrez. En cas de troubles, il m'importe peu de perdre la vie pour garantir la vie et les propriétés de mes concitoyens. Mais, si vous persistez dans votre décision de retenir le collège communal et cent notables de la ville, je déclare ne plus me porter garant de rien.
Ce que l'on traduisit, sur le document officiel, par: