La réplique, en allemand et en français, du gouverneur militaire allemand, le général von Luettwitz.
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LA PLUS FORMIDABLE LUTTE DE L'HISTOIRE.--Notre ligne de front, de Pont-à-Mousson au Nord de la Somme, telle qu'elle est définie par le communiqué officiel du 29 septembre.
Ce panorama représente toute l'immense région où, de la Moselle à la Somme, se poursuit la gigantesque bataille qui dépasse en durée, en efforts, en sacrifice de vies humaines tout ce que le monde a vu jusqu'ici. Le front sur lequel nous tenons invinciblement, en dépit d'efforts que l'on devine désespérés, se continue même de Nancy aux Vosges à hauteur de Strasbourg et, descendant par une partie des crêtes de ces nobles montagnes, va finir, à travers le Sundgau d'Altkirch, à la frontière suisse.
Le panorama s'étend donc seulement de la Moselle, destinée bientôt à redevenir française dans la partie de son cours qui nous a été arrachée, à la Somme qui prend en ce moment le caractère de fossé contre l'invasion. Cette ligne décrit une forte courbe sur un développement de plus de 300 kilomètres, dont chaque extrémité marque un point capital de l'effort allemand. C'est aux ailes, en effet, que l'ennemi agit avec le plus de violence.
A l'Est, c'est la plaine de Woëvre, région de grandes cultures aux terres épaisses, collantes, étendues entre les vastes étangs aux rives sinueuses, égouttés par un lacis de ruisseaux lents, aux bois parcourus par des routes rares, faciles à couper, aux fondrières où l'on s'enlise facilement quand les épaisses brumes de ce pays palustre voilent les mornes horizons. Là s'avancent des régiments que le départ des corps d'armée allemands envoyés vers l'Oise, la Somme et l'Escaut, a libérés de notre farouche et victorieuse résistance opposée sur les bords de la Meurthe et sur le Couronné de Nancy.
Nous ne savons rien de la force de cette armée de Lorraine, ni de l'itinéraire qu'elle suit à travers ce pays rappelant en très petit la contrée de Mazurie où l'armée russe de Pologne avance contre les Allemands.
Ces plaines palustres sont dominées par les raides pentes des Côtes ou Hauts de Meuse, développant sur 25 lieues, de Toul à Dun-sur-Meuse, leurs lignes géométriques du côté de la Woëvre, plus molles mais parfois très fières du côté du beau fleuve descendant avec lenteur vers Liége et Rotterdam. Ces Côtes de Meuse sont le théâtre d'actions encore mystérieuses. Nous les tenons au Sud-Est de Verdun; elles ont été forcées à hauteur de Saint-Mihiel. Mais les colonnes allemandes qui les ont traversées occupent seulement un étroit couloir dont nous tenons la paroi Nord par les hauteurs de Spada, au nom guerrier, et la paroi Sud par les collines fortifiées portant le nom de position de Commercy.
Situation dangereuse, celle des Allemands vers Saint-Mihiel, si nous parvenons à serrer l'étau!
Sur l'autre rive de la Meuse, la situation nous est moins précisée encore. Nous occupons une ligne allant de la «région de Varennes» à Reims, à travers l'Argonne et les parties les plus moroses de la morose Champagne pouilleuse. Varennes, c'est l'humble ville qui doit une renommée sans doute éternelle à l'arrestation de Louis XVI et de Marie-Antoinette pendant leur fuite. Elle est à la lisière des bois de l'Argonne, sur la sinueuse rivière d'Aire. Entre la ville et la Meuse s'étend un pays de grands bois, de lourdes croupes revêtues de villages aux toits rouges, de vallons étroits mais profonds. Là une armée allemande, celle que le kronprinz commande et qui semble arrêtée par la Meuse, s'est retranchée sur des positions contre lesquelles notre action se poursuit.