Solidement appuyées sur le camp retranché d'Anvers, les troupes belges harcèlent sans relâche l'ennemi et lui disputent énergiquement le terrain qu'il occupe. Les Allemands ont tenté une diversion sur Schooten, au Nord-Est d'Anvers; ils ont été repoussés avec des pertes sérieuses. D'autre part, l'armée belge a remporté un gros avantage près de Termonde. Enfin, elle a coupé sur plusieurs points le chemin de fer de Liége à Hasselt, entre Tongres et Bilsen.
Les Allemands, prévoyant la nécessité de se replier de France, se préparent à la résistance en territoire belge et y exécutent d'importants travaux.
Nous devons mentionner ici plusieurs protestations qui nous arrivent de Hollande, au sujet d'une carte publiée dans notre numéro du 8 août. Cette carte, où étaient tracés les itinéraires de l'invasion allemande, tendait à faire croire que les armées du kaiser avaient violé le territoire néerlandais. La véhémence avec laquelle nos correspondants--et même un communiqué officiel--s'indignent qu'on ait pu supposer la Hollande assez complaisante pour avoir toléré le passage de nos ennemis nous touche profondément. Ils nous affirment de toute leur énergie que leur pays saurait défendre au besoin par les armes sa neutralité, et nous le croyons. Nous espérons que la Hollande aura le même souci de garder la neutralité commerciale et se fera scrupule d'éviter sur ce terrain jusqu'au soupçon.
En Galicie, nos alliés russes ont obtenu d'importants avantages.
Maîtres de Jaroslav après une série de combats dont l'un, celui de Sadava-Visznia, ne dura pas moins de sept jours, ils ont aussitôt poursuivi leur marche en avant, enlevant d'abord Rzeszov, progressant vers Cracovie et tendant évidemment à atteindre au plus vite la Silésie. Ils ont pris Khyrof et poussé jusqu'à Przemysl, place très forte au Sud de Jaroslav qu'ils ont investie. Les deux grandes voies ferrées qui la relient au centre du pays, l'une vers Cracovie, l'autre par Lisko, sont en leur possession. Sans doute, Lisko, sur le San, a été occupée à son tour. Le Messager de l'armée russe annonce qu'à la date du 28 la Galicie est complètement purgée de forces ennemies, qui s'enfoncent dans les Karpathes. Les Russes ont fait un butin de guerre considérable. Enfin, Tarnovitz, en Silésie, est déjà occupé.
L'armée russe du Nord qui, sous le commandement du général Rennenkampf, s'était avancée d'abord en Prusse orientale, obligeant l'Allemagne à y remener une partie des forces qu'elle avait lancées contre nous, s'était ensuite repliée, dans une retraite admirable, vers les régions de Kovno et de Grodno. Elle a repris l'offensive. Elle a arrêté l'ennemi et le poursuit actuellement dans la forêt d'Augustov, à la hauteur de Lyck. Une autre armée cerne progressivement Koenigsberg.
L'activité des Serbes et des Monténégrins ne se ralentit pas non plus. Des combats aussi longs et aussi vifs que ceux que nous livrons nous-mêmes se sont déroulés sur le front Mitrovitza-Lovnitza-Zvornik-Lioubovia. La dernière et la meilleure nouvelle qui nous parvient de Serbie est que les alliés arrivent devant Sarajevo et occupent le massif de la Romania, qui domine la capitale de la Bosnie.
Sur mer, l'Angleterre a eu malheureusement à déplorer la perte des trois croiseurs Aboukir, Hogue et Cressy, coulés par des sous-marins allemands dans la mer du Nord.
Dans l'Adriatique, la flotte franco-anglaise a occupé l'île de Lissa et commencé le bombardement de Cattaro.
La cueillette des colonies allemandes se poursuit méthodiquement. Les soldats et marins de l'Angleterre et de la France collaborent à l'occupation du Cameroun; Douala, le port le plus important de cette colonie, s'est rendu le 27. Nous avons repris la plus grande partie des territoires du Congo que nous avions cédés en 1911. Des forces britanniques ont occupé la Nouvelle-Guinée. Enfin, les Japonais viennent d'écraser les Allemands à 10 kilomètres de Kiao-Tchéou.