Patience aux civils mécontents, humiliés, à tous ceux qui tiraillés par des devoirs contraires et souvent égaux se sont résignés au plus simple, ont accepté le moins voyant, ont fait avec humilité le sacrifice de l'amour-propre belliqueux et de l'orgueil flatteur. A ceux-là patience aussi. Leur tour viendra, plus tard, au train pacifique et terre-à-terre des épreuves.

Patience à toutes les forces et à toutes les faiblesses. Patience au pays entier, aux désolés, aux sans-abri de Belgique et de France... Patience à Louvain, aux sols profanés, aux murs béants, aux toits détruits, aux flammes vengeresses qui se rallumeront ailleurs, aux carillons interrompus dont nous saluerons le réveil...

Et patience même aux empires en marche... qu'ils prennent bien leurs mesures!... Patience aux flottes, aux armées de la divine cause, portant écrit sur leurs drapeaux, en paraphe de feu, l'inexorable arrêt du Souverain Juge. Ecoutez!... Ce grondement... les voilà!
Henri Lavedan.

P.-S.--Et voici que j'apprends le crime, l'inoubliable sacrilège de Reims qui ne sera jamais pardonné. Ils ont détruit la cathédrale! La cathédrale de Reims! Ah! le bruit terrible, le fracas sinistre, affreux, déchirant, le tonnerre de gloire et de consternation que déchaînent en s'écroulant ces mots qui font mal à dire, qui ne sortent que comme un cri: «La cathédrale de Reims n'est plus!» Les larmes encombrent mes yeux. Et pourtant à ma révolte, à mon immense chagrin ne se rattache aucun souvenir personnel qui les ravive... Je ne suis jamais allé à Reims. Jamais, hélas! je n'ai franchi le seuil du sanctuaire fameux et vénéré. Mais tant de fois j'ai vu, étudié, admiré sur l'image ce monument de beauté radieuse que je le connais comme si je l'avais souvent visité. J'en sors à l'instant même sans y être entré,... et ma peine s'augmente du tardif regret de l'irréparable!
H. L.

LA GUERRE

DE LA SOMME AUX KARPATHES

La bataille s'est poursuivie, toute la semaine, de la Somme à la Meuse, avec des accalmies tantôt sur un point, tantôt sur l'autre, des avancées ici, plus loin de légers reculs bientôt suivis de reprises de terrain. Au total, nous progressons, et notamment au Nord-Ouest, où la lutte est la plus ardente.

Au commencement de la bataille de l'Aisne, les fronts des deux armées occupaient deux lignes parallèles entre elles, orientées suivant la direction Soissons-Reims-Verdun. Actuellement, notre aile gauche, par une avance régulière, a repoussé, vers le Nord-Est, l'aile droite allemande.

Ainsi, dans cette véritable lutte de siège engagée depuis vingt jours par nos soldats infatigables contre un ennemi solidement retranché; dans cette bataille à propos de laquelle on a rappelé celle de Moukden--qu'elle passe déjà, en longueur--nous avançons toujours.

Or, c'était une maxime d'un capitaine de chez eux, du grand Frédéric, que «vaincre, c'est avancer».