Un dessinateur anglais, M. Frédéric Villiers, qui suit la campagne de France comme correspondant de l’Illustrated London News a eu la fortune rare de pouvoir assister à quelques-unes des opérations militaires qui se sont déroulées autour de Reims. Le dessin ci-dessus, exécuté d’après un de ses croquis, reproduit un épisode des combats livrés sous le fort de Nogent-l’Abbesse, réoccupé et armé par les Allemands, et d’où fut commencé, on se le rappelle, le bombardement de Reims et de sa basilique. Le dessinateur a accompagné cette émouvante page d’album de quelques lignes de commentaires qui en précisent le sujet: «L’action à laquelle j’assistai se déroula dans l’après-midi du jeudi 24 septembre, le douzième jour de la grande bataille de l’Aisne. Les Allemands étaient établis à la lisière des bois, sous le fort de Nogent, à la droite du village de Sillery. L’ennemi s’était avancé pour attaquer les Français, mais fut repoussé dans ses retranchements, d’où bientôt les Français le rejetèrent. Il était environ six heures du soir. Le jour tombait. Les shrapnells, en éclatant, produisaient comme une pluie d’étoiles filantes, l’un des plus extraordinaires spectacles qu’il m’ait jamais été donné de voir.» C’est le moment où nos troupes, se précipitant dans un élan irrésistible hors du bois où elles s’abritaient, vont enfin emporter la position si ardemment disputée. Les Allemands, tassés dans leurs tranchées, coude à coude, les accueillent par un feu violent. Mais nos shrapnells ont une belle moisson à faire, dans ces rangs pressés. Déjà les morts et les blessés de la contre-attaque jonchent le terrain. Notre bon 75 désormais peut se taire: il le dut pour ne pas décimer les nôtres,—et l’artiste anglais, en réalité, a condensé ici deux phases de l’action. Le rôle demeure à la baïonnette. Une charge éperdue aura vite achevé de déblayer le terrain: la tranchée ennemie est à nous. Et puis, il faudra recommencer, le lendemain, avant la nuit peut-être, le siège d’une nouvelle position.
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UNE DES TACTIQUES ALLEMANDES.—La ruée en formations massives pour passer coûte que coûte.
Tout, dans cette invasion des Allemands, jusqu’au moment où les échecs éprouvés sur la Marne leur ont imposé une tactique défensive plus prudente,—tout a contribué à donner l’impression d’une ruée de hordes barbares. Voici un dessin où un autre artiste anglais, M. A. C. Michaël, a rendu avec une belle énergie «ce que Tommy Atkins (le fantassin anglais) a devant lui quand l’ennemi charge». C’est la réalisation saisissante, par l’image, de cette description extraite d’une lettre d’un soldat britannique, un de ces «Tommies» aussi braves au feu que coquets à la parade, relatant une action à laquelle il assista: «Nous ne pouvions pas les manquer, écrit ce bon soldat qui sait voir et décrire. Nous les aperçûmes d’abord à 800 mètres environ, s’avançant en tas comme une foule au retour d’un match de football... Pour un qui tombait de notre côté, ils perdaient dix ou douze hommes. Ce fut un feu roulant, et nous leur donnâmes chaud.» D’autre part, un officier anglais qui servit quelque temps dans l’armée allemande constate: «Il est intéressant de noter que cette formation en masses est parfaitement conforme aux formations du temps de Frédéric le Grand, au point que des sous-officiers sont placés derrière les lignes de combattants, sans doute pour encourager les hommes à l’assaut, à la suave manière prussienne.» De fait, il a été constaté, dès le début de la campagne, que nombre de prisonniers allemands portaient, dans le dos, des blessures provenant des coups de sabre qui leur avaient été prodigués à titre d’excitant. On voit quelles cibles admirables constituent, pour nos canons, des formations pareilles. On ne peut pas les rater, selon l’expression du soldat anglais plus haut cité. Ce qui n’empêche pas aujourd’hui, et depuis le commencement de la bataille de l’Aisne, les soldats du kaiser de montrer des dispositions non moins remarquables, et peut-être plus instinctives, pour la prudente guerre de tranchées.
LE NOUVEAU ROI DE ROUMANIE
Le roi Charles Ier n’ayant pas eu de fils, un projet de loi fut déposé en 1886 aux Chambres, en vertu duquel c’était un de ses neveux, Ferdinand, second fils du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, qui devenait l’héritier présomptif de la couronne de Roumanie. L’aîné, le prince Guillaume, renonçait pour son frère cadet à cette succession royale.