Le prince, maintenant roi Ferdinand, est né à Sigmaringen le 24 août 1865. De son mariage avec Marie princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, il a eu six enfants, dont trois fils, les princes Charles, né en 1893, Nicolas, né en 1903, et Mircéa, né en 1912. L’avenir de la dynastie est donc assuré.
La reine Marie.—Le roi Ferdinand
L’avènement du nouveau souverain fera-t-il sortir la politique roumaine de l’expectative et de la neutralité qu’elle observe depuis le déchaînement de la grande guerre européenne?
On connaît les revendications du nationalisme roumain: il y a des siècles que quatre millions de Roumains sont séparés de leurs frères de langue, de race et de religion et subissent, sous la domination autrichienne d’abord, puis sous la domination hongroise depuis 1866, la même oppression dont se plaignent les Italiens du Trentin et de l’Istrie, les Serbes du Canat de Temesvar et de la Bosnie-Herzégovine, les populations slaves de Croatie-Slavonie. La réunion de la Transylvanie et la Bukovine au royaume de Roumanie est le programme séculaire du parti national, toujours affirmé à chaque grande crise qui met l’Orient en jeu, et jusqu’à présent ajourné par l’influence du roi défunt.
En demandant, lui, Hohenzollern, en 1866 et en obtenant du roi de Prusse, chef de sa maison, l’autorisation d’accepter la couronne que lui offrait le plébiscite des provinces unies de Moldo-Valachie, Charles Ier avait solennellement promis de ne jamais consentir à une politique contraire à celle du souverain chef de sa famille. Or, dès 1866, la politique de la Prusse, puis de l’empire allemand, fut d’affermir de plus en plus l’Autriche-Hongrie dans sa position balkanique et orientale. Comment, dès lors, le roi de Roumanie aurait-il pu prêter l’oreille aux revendications de l’irrédentisme roumain qui visent à arracher à la monarchie austro-hongroise deux de ses provinces?
Dans un récent conseil de la couronne où fut débattu ce dilemme angoissant: action ou neutralité, le roi Charles ayant opposé une fois de plus sa promesse, un des ministres aurait répliqué: «Votre Majesté a pu promettre en son nom, mais non pas au nom de l’Etat roumain», ce qui lui faisait entrevoir en termes voilés la nécessité de se soumettre ou de se démettre. Et le roi le comprit si bien qu’il répliqua, dit-on: «Eh bien, je préférerais abdiquer!» La mort le délivra de ses poignantes perplexités.
Le nouveau roi Ferdinand n’a pas encore manifesté ses intentions, mais déjà les dirigeants de Roumanie ont fait entendre leurs aspirations.