Sous la pluie: convoi d’approvisionnements sur une route bordée de tombes.


TOUT PRÈS DE LA BATAILLE


Croquis et photographies de Louis Tinayre; texte de Julien Tinayre

19 septembre.—Nous avons quitté Paris, mon frère, peintre militaire, et moi, par un train bondé de voyageurs: infirmières de la Croix-Rouge, paysannes regagnant les villages délivrés, leurs enfants avec des paniers sur les genoux et demandant, anxieuses, s’il est bien vrai qu’ils sont partis.

A Nanteuil-le-Haudouin, première vision de guerre: paysage désert et désolé, de vastes réservoirs éclatés. Arrivé en vue de Crépy-en-Valois, terminus provisoire de la ligne, le train ralentit sa marche. La nuit est venue. Presque toutes les vitres de la gare sont brisées. Les petits fours et le chocolat des distributeurs automatiques ont tenté les Allemands, qui ont enfoncé les appareils à coups de crosse.

La petite ville est sans lumières; tous les volets sont clos. Pas de chambre disponible dans l’unique hôtel. Enfin, avec l’aide d’un maquignon, venu pour acheter des chevaux blessés, nous découvrons deux sommiers, par terre. Mais quelle abominable odeur s’en dégage! Les Allemands ont couché là-dessus... Tout habillés, nous dormons mal... Au matin, de très bonne heure, un bruit lointain, sourd, répété... C’est le canon.

20 septembre.—Jour gris, pluie fine, paysage triste. La route de Villers-Cotterets file, droite, à perte de vue, boueuse, sillonnée par les larges traces des convois.