Des pierres calcinées indiquent çà et là les feux de bivouacs; beaucoup de bouteilles brisées; dans le fossé, un fourgon de munitions, un côté de l’essieu sans roue, comme amputé. A droite et à gauche, des champs de betteraves piétinés alternent avec des champs de blé en chaume. Les voitures brisées ne se comptent plus; partout, des lambeaux d’uniformes souillés de boue, des débris de harnachement et cent autres vestiges des récents combats.

Un poste militaire ambulant de télégraphie sans fil.

Mais voici de petits monticules de terre fraîchement remuée: ce sont des tombes de soldats. Quelques branches de feuillage, déjà roussi, sont piquées sur ces tumulus; c’est tout, mais cela évoque le spectacle tragique et poignant d’hier, et les larmes nous viennent aux yeux. Au delà, par un chemin de traverse, avance lentement un long convoi d’approvisionnements; tout ce cortège est de couleurs sombres; les voitures et les hommes se détachent, dans le gris, sur un fond de collines d’où s’échappe la fumée des batteries d’artillerie. Les fantassins, courbés sous la pluie persistante, ont eu l’ingénieuse idée de se couvrir la tête de vulgaires sacs, en guise de capuchons, et ressemblent ainsi à des Bédouins. Le tableau est digne du crayon d’un Raffet.

A Villers-Cotterets, nous reconnaissons nos autobus de Paris, en longues files, de chaque côté de la rue, mais dans quel état! Enduits de boue, repeints en gris terne, les glaces remplacées par des toiles métalliques. A l’intérieur, sont accrochés de gros quartiers de viande; ce sont les boucheries ambulantes. D’autres sont transformés en cuisine et rappellent les roulottes de nos forains.

Distribution de trophées

Dans la grande rue, quelle ruche bourdonnante! Tout un va-et-vient affairé d’officiers d’état-major, de voitures d’ambulance, d’estafettes, de fantassins en corvée, de soldats anglais aux costumes seyants, de couleur neutre. Beaucoup de grandes voitures à foin passent, bondées de défroques, de selles, de manteaux allemands; un homme, juché sur ces trophées, distribue aux uns et aux autres un casque, un manteau ou quelque autre souvenir de la bataille.