Des caves où ils étaient descendus, les habitants ne se rendaient pas compte de la direction du tir et des dégâts qu’il causait à la ville; mais, le soir, les hommes qui se risquèrent à remonter apprirent que le quartier de l’Hôtel de Ville était à peu près anéanti et que l’Hôtel de Ville lui-même était touché.

Pendant la nuit, le bombardement se ralentit et, à l’aube, les Artésiens, déjà, croyaient être au bout de leurs angoisses quand ils entendirent la parole nette et impérative de notre 75. Au bout d’une heure, ils perçurent un bruit qu’ils ne connaissaient pas encore: c’était bien un ronflement d’obus, seulement la vibration était moins vive, plus molle, plus indécise, et l’éclatement était celui d’une poche de liquide qui crève. Plus notre 75 parlait, plus ces nouveaux obus tombaient sur la ville.

C’étaient les bombes incendiaires que les Allemands—dépités de ne pas repérer nos positions—envoyaient sur la malheureuse cité.

Ce jour-là, le soleil se coucha sans qu’on pût s’en douter: le coin Sud de la Petite Place, la rue Saint-Géry, les rues voisines, le quartier de la gare, le coin Nord de la Grande Place et différents points de l’agglomération étaient en flammes.

Dominant le brasier, le beffroi apparaissait comme une formidable torche; à ses pieds, l’Hôtel de Ville flambait…

Gaston Chérau..

Nous publierons la semaine prochaine la suite de la lettre de M. Gaston Chérau.

Façade gothique de l’Hôtel de Ville sur la Petite Place d’Arras, avant et après l’incendie.

Avant.