grande croix de bois au pied de laquelle trois cents morts sont couchés sous le tertre allongé.
Sœur Julie. M. G. Louis-Jaray. M. Maurice Barrès.
Pendant la messe des morts, dite en plein champ par un prêtre-soldat, près de Gerbeviller.
Au premier plan, la sœur Julie, qui protégea vaillamment nos blessés, et qui a été citée à l’ordre du jour de l’armée.
La cérémonie à la mémoire des morts célébrée le 11 octobre, près de Gerbeviller, dans un champ où reposent, sous un tertre, trois cents de nos soldats.—
Phot. de M. G. Louis-Jaray.
Sœurs de Gerbeviller, soldats du cantonnement voisin, paysans restés vivants des villages incendiés, tous sont là autour du prêtre-soldat qui dit la messe pour les morts, autour du missionnaire inconnu et de M. Maurice Barrès qui disent les paroles d’espérance dont ces morts sont le gage. Et, derrière l’autel, dans un pli du terrain, Gerbeviller laisse voir la silhouette tragique de ses deux cents maisons brûlées à la torche et de son clocher, à moitié abattu par les boulets, qui ont dessiné, dans la tour de l’église, une sorte de gigantesque croissant de pierre en place de la croix disparue.
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On a dit jadis la grande pitié du royaume de France lors des guerres de religion, puis les horreurs de la guerre de Trente Ans; mais rien ne saurait dépasser les ruines de ces villages lorrains et c’est en quelques jours qu’elles ont été accumulées par une horde barbare. Partez de Saint-Dié, non loin des lignes ennemies; voici en arrivant une belle villa qui domine la vallée, il n’en reste qu’une façade branlante; les gens du pays affirment qu’elle a été brûlée à la main; à Saint-Dié même deux quartiers ne sont plus qu’un amas de décombres. Suivez la vallée de la Meurthe, tous les villages sont des victimes du feu; Raon-l’Etape raconte les assassinats allemands, et les dix sœurs de l’ambulance, qui soignent encore aujourd’hui les blessés ennemis, nous disent les brutalités des occupants et leur fusillade dans la brume; le maire nous conduit à l’église où tout a été systématiquement pillé, détruit et enfin passé au feu. Le même spectacle de maisons éventrées et brûlées se présente aux yeux à Saint-Michel, à Nompatelize, à Baccarat et dans toute la vallée.