Traversez ensuite au milieu des tranchées allemandes le col de la Chipotte ou Domptail et allez dans la vallée de la Mortagne, c’est la même vision à Rambervillers, à Saint-Pierremont, à Gerbeviller, partout.
Mais le triomphe de la Mort a été accompli à Nomény, au Nord de Nancy, et à Gerbeviller.
En Alsace reconquise: la mairie de Dannemarie, sur laquelle flotte maintenant le drapeau français.
Devant ce gros village une section d’admirables alpins tiennent toute la journée contre des forces énormes; le soir venant, ils ont accompli leur mission et s’évanouissent dans la nuit vers les lignes françaises; derrière eux, furieux de la résistance, entrent des brutes déchaînées; pas une maison ne reste debout, sauf celle de la sœur Julie; l’ordre est donné de mettre le feu à la torche et les torches sont là comme témoignage; dans les maisons on jette des capsules fusantes pour que l’incendie fasse bien son œuvre et on montre celles que les Allemands ont laissées inemployées; avant le feu, officiers et soldats organisent la rapine systématiquement; et, le soir, quand tout est fini, ils reviennent pour vider les caves; entre temps, ils assaillent la population et il faudrait un Mirbeau pour décrire le «Jardin des Supplices» infligés aux hommes et aux femmes de ce malheureux village. A l’ambulance, la sœur Julie s’interpose
courageusement entre les blessés qui agonisent et les officiers pénétrant comme à l’assaut, tenant d’une main, me raconte la sœur, un poignard et de l’autre un revolver. Ils découvrent ou déshabillent les malheureux blessés, mais leurs poignards n’osent les achever devant les sœurs.
M. Maurice Barrès au sommet du ballon d’Alsace: dans le fond, une tranchée-abri française.
Un document éloquent: sur une feuille de papier officiel allemand de la justice de paix de Dannemarie, le dessinateur alsacien Zislin, maintenant soldat français comme Hansi, a établi et signé le reçu d’un lot d’effets de laine apporté à ses camarades par MM. Maurice Barrès et Gabriel Louis-Jaray.