Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.

ÉLISABETH, REINE DES BELGES
Dessin de J. SIMONT.

«Elle est là-bas, avec le roi Albert, au milieu des troupes qui combattent. Elle est venue de ville en ville, de camp en camp, de tranchée en tranchée. Elle console de vivre et console de mourir; elle sourit, elle panse des blessures. Elle est toute la douceur et toute la pitié dans ce pays de Flandre où la brume lourde enveloppe le paysage triste, linceul de grisaille sur tant et tant de linceuls de lin... Reine errante, mais reine comme ne le fut jamais l'épouse du roi le plus puissant, elle symbolise toute la patrie meurtrie et qui ne veut pas mourir. Loin des cités orgueilleuses et des palais somptueux, elle va vers les soldats tombés sous la mitraille et, quand elle passe près d'eux, les paupières des agonisants se soulèvent pour un dernier regard, une dernière larme...»

ROLAND DE MARÈS (Le Temps).

LES GRANDES HEURES
LES BLESSÉS

Comme un cri étouffé, comme un mot d'ordre, comme un frisson qui se propage... en un instant cette phrase: «Voilà des blessés!» court du haut en bas de l'ambulance, traverse les salles ainsi qu'un grand courant d'air agitant tout sur son passage: les pensées, les êtres et les choses, les robes et les rideaux.

Les blessés! D'où viennent-ils? Peu importe. Du feu. Cela suffit. On ne les attendait pas et cependant leur arrivée ne cause aucune surprise, car on les espère toujours. Ils n'ont pas d'heure. Ils apparaissent brusquement le matin, le soir, en pleine nuit, sans prévenir, comme l'ennemi. Aussi sont-ils reçus de la belle façon: à bras ouverts. Ceux qui ont été les chercher à une gare de banlieue ou quelquefois très loin, au front, et qui les ramènent à bon port, se secouent, soulagés, en sautant du siège: «Cristi! Ça n'a pas été sans peine. Enfin, les voilà. C'est à vous de faire.»