DEUX MINISTRES AUX ARMÉES

M. Aristide Briand, garde des sceaux, vice-président du Conseil, et son collègue, M. Albert Sarraut, ministre de l'Instruction publique, ont passé toute la semaine dernière dans l'Est, au milieu de nos soldats, témoins de leurs généreux sacrifices, de leur magnifique ardeur au combat, de leur foi inébranlable dans le succès. Mardi ils retournaient auprès de leurs collègues, auxquels ils allaient rendre compte de la mission qu'ils venaient d'accomplir, communiquer l'impression d'admiration et de confiance que leur a laissée tout ce qu'on leur a montré, faire part aussi des besoins de cette vaillante armée qu'ils ont vue à la peine, et de l'effort à poursuivre afin de lui permettre de parfaire son œuvre victorieuse. Il suffit d'avoir causé quelques instants seulement avec M. Aristide Briand, à son bref passage à Paris, pour entendre de quelle voix chaleureuse, persuasive, en quels termes enthousiastes il dut, pour sa part, raconter au Conseil cet émouvant voyage. Au surplus prêchait-il à des convertis, et il n'aura pas, certes, été besoin de toute son éloquence pour convaincre le gouvernement entier du devoir qui lui incombe jusqu'au bout, d'aider de tout son pouvoir, de toutes ses forces vives et sans marchander, ceux qui luttent, de collaborer de la plus étroite façon, et, pour tout dire d'un mot, de communier avec eux.

M. Aristide Briand et le général Dubail.

Les premiers spectacles qui apparurent aux ministres, quand ils arrivèrent à l'arrière de nos armées, sur les territoires d'où elles venaient à peine de repousser l'ennemi, furent des tableaux de désolation et de deuil. Partout des ruines. Et quelles ruines, que celles de villes, de bourgades, de villages, dont certains tour à tour ont été pris, repris, reconquis enfin par les nôtres de haute lutte, après les plus rudes alternatives; que l'ennemi, le plus souvent, a systématiquement dévastés, mettant au service d'une haine féroce les procédés de destruction les plus infaillibles; et que, dans la rage que lui causait sa défaite, il s'est appliqué, avant le décisif recul, à effacer de la surface du sol comme firent autrefois, de villes maudites, des cataclysmes dont la mémoire des hommes demeure à jamais horrifiée! Ce fut ainsi, sous les plus lamentables couleurs, qu'ils aperçurent au passage de petits pays naguère si florissants et si quiets, Nomeny, Revigny, Gerbeviller, Clermont-en-Argonne, Lerouville, Sermaize-les-Bains, Lunéville, Vaubécourt, tant d'autres dont les noms évoquent d'inoubliables souffrances, et qui portent encore les stigmates de la sauvagerie raffinée—si les deux mots ne heurtent pas d'être accolés—dont ils furent les victimes.

Pourtant, ô miracle de la vitalité, du courage de la race, de sa confiance inébranlable en l'avenir! pourtant l'activité partout reprend en ces lieux martyrisés. Les routes qui avaient vu le pitoyable exode de tous ces pauvres gens chassés de leur foyer par l'invasion se sont de nouveau animées, à mesure que les nôtres regagnaient le terrain abandonné, de longs cortèges où des piétons las, inquiets de ce qu'ils allaient retrouver à la place de leurs maisons délaissées, mais non découragés, se mêlaient aux chariots chargés en désordre, aux grinçants véhicules de fortune. Et les voilà, ces pauvres sans feu ni lieu, qui se remettent à l'œuvre dans leurs champs criblés de trous d'obus, s'appliquant à réédifier leur toit familial, et attendant la paix, la paix glorieuse à laquelle leurs âmes croient de toute la ferveur dont elles sont capables.

M. A. Briand. Général Joffre. M. A. Sarraut.
LA MISSION AUX ARMÉES DE MM. ARISTIDE BRIAND ET ALBERT SARRAUT.—Le généralissime et les deux ministres.

M. Aristide Briand et le général Dubail. M. A. Sarraut.
D'un point culminant des Hauts de Meuse, MM. Briand et Sarraut assistent à un vif combat d'artillerie.