Le même dispositif vu par l'assaillant: les lignes de tranchées se confondent avec le paysage.

C'est tout particulièrement en matière de tranchées que nos ennemis ont beaucoup vu, beaucoup appris et beaucoup retenu.

Nous nous étions cantonnés depuis 1870 dans les trois types de tranchées réglementaires: tranchée pour tireur assis, tranchée pour tireur à genoux, tranchée pour tireur debout. A l'instruction, on a appris à l'homme à se protéger momentanément, durant les bonds classiques du combat tel qu'on le prévoyait, en creusant un peu le sol et en se couchant derrière une toute petite levée de terre. Le soldat devait, en outre, s'abriter des coups de l'adversaire en dressant son sac devant lui.

D'où protection insuffisante et visibilité extrêmement dangereuse, puisque l'ennemi n'a plus qu'à compter les sacs pour connaître l'effectif qui lui fait face.

Pour assurer le creusement de ces abris, la compagnie française disposait de 80 pioches et 80 pelles-bêches, soit 160 outils pour 250 hommes. Ces outils sont fixés sur le sac, d'où manœuvre assez longue pour disposer de l'outil.

Les Allemands ont adopté des méthodes de tranchées défensives et offensives toutes différentes. Chaque homme a un outil et l'outil est adapté à l'étui du sabre-baïonnette.

Dès qu'il y a lieu de combattre, la ligne se cache, et, dès qu'elle combat, cette ligne prévoit la retraite. Elle prépare, à cet effet, de fortes positions qui assureront le ralliement, la défensive à outrance, puis la contre-attaque.

Et c'est en vertu de ces principes très substantiels que tous les fronts de combat sont organisés suivant un ordre qui varie très peu.

Ces fronts présentent généralement une, deux ou trois lignes de tranchées-abris de 0 m. 50 à 0 m. 60 de largeur, parallèles, de longueur proportionnelle aux effectifs qui les occupent, reliées entre elles par des cheminements tracés en zigzag et reliées en dernier lieu à une ligne de tranchées fortifiées armées de mitrailleuses. Ces dernières tranchées renforcées sont à l'abri presque absolu des projectiles des fusils, des mitrailleuses et des canons.

Les tranchées légères, dont les dimensions sont indiquées au croquis, sont absolument invisibles à 300 mètres, distance qui permet déjà un feu extrêmement meurtrier. On se rend compte que si l'ennemi dispose de trois lignes successives et d'une ligne de retranchements fortifiés, c'est au minimum sur un parcours de 600 mètres que la ligne assaillante est susceptible d'être décimée par un feu d'infanterie déclenché à 300 mètres et par le feu des mitrailleuses placées dans les retranchements fortifiés, feu extrêmement rapide et lançant avec une précision absolue de 300 à 600 balles à la minute et par pièce sur la ligne qui avance.