Aux dernières nouvelles, nous avions chassé les Allemands entre les forêts de Parroy, au Nord-Est de Lunéville, et de Bezange-la-Grande, entre cette ville et la Seille, et nous pénétrions en Lorraine annexée.
LES OPÉRATIONS RUSSES
L'extrême importance des combats dans les Flandres nous a obligé d'insister assez longuement sur cette partie des opérations, il nous reste peu de place pour les mouvements des armées russes. Ceux-ci, il est vrai, ont consisté uniquement, pendant la semaine, dans la poursuite des ennemis battus à Varsovie et Ivangorod. Ces deux batailles durèrent chacune sept jours, du 13 au 20, sans que les Allemands aient pu attaquer sérieusement les camps retranchés des deux villes et celui de Novo-Georgiewsk.
Les Russes débouchant de ces trois places se sont portés hardiment vers l'Ouest. Au Nord de la rivière Piliza, leurs colonnes ont atteint l'ennemi autour des villes de Lowicz, Skernewitz et Rawa et l'ont rejeté à la baïonnette dans la direction de Lodz; il serait déjà à 130 kilomètres de la Vistule. Au Sud de la Piliza, les Allemands résistent plus vigoureusement autour de Radom, grâce aux forêts dont le pays est couvert, mais les Russes ne les refoulent pas moins vers la Silésie. Au Sud, sur la rivière San, jusqu'à Przemysl, des combats acharnés ont lieu entre Russes et Autrichiens: le 22 à Jaroslaw, le 23 et les jours suivants à Sandomir, autour de Przemysl, et au Sud de Sambor. Les Lignes autrichiennes ont été rompues et l'offensive russe s'accentue; les Autrichiens paraissent faire un effort désespéré pour défendre la route de Cracovie.
ARDOUIN DUMAZET.
MORT DU SÉNATEUR ÉMILE REYMOND
C'est avec une émotion particulière qu'on a appris la mort glorieuse devant l'ennemi du docteur Emile, membre du Sénat, qui comptait parmi nos meilleurs et nos plus anciens aviateurs. Le docteur Reymond avait réclamé l'honneur d'accomplir une reconnaissance importante, mais que rendait fort périlleuse l'obligation de voler assez bas; il partit sur un monoplan avec le brigadier aviateur Clamadieu. Quelques instants plus tard, ce dernier était tué, le docteur Reymond dangereusement blessé, et l'appareil tombait doucement entre les deux camps. Les Allemands occupaient une position, dominant la Woëvre, devant laquelle ils nous tenaient en échec depuis plusieurs jours. Dans leur joie d'avoir abattu l'appareil, ils se précipitent hors de leurs tranchées pour s'emparer des aviateurs qu'ils peuvent supposer encore vivants; nos soldats s'élancent aussitôt, et, après un corps à corps d'une violence effroyable, ils réussissent, non seulement à dégager leurs deux camarades, mais encore à refouler l'adversaire à 3 kilomètres et à garder la position que les aviateurs avaient été chargés de reconnaître. Le docteur Reymond fut transporté à l'hôpital de Toul où il expira deux heures après avoir reçu la visite des deux ministres en tournée sur le front, MM. Briand et Sarraut. Jusqu'au dernier moment, il conserva une lucidité parfaite, et, avec un sang-froid magnifique, il indiqua, sans omettre un détail, le résultat de ses observations.
L'entrée en campagne des cosaques de l'Oural.