LE GOUVERNEMENT BELGE AU HAVRE.—Une cérémonie quotidienne: chaque matin, devant l’hôtel affecté au ministère de la Guerre de Belgique, les couleurs nationales belges sont hissées au sommet d’un mât et saluées par la garde ainsi que par le personnel et les officiers du ministère.
LA QUATORZIÈME SEMAINE DE GUERRE
29 octobre-4 novembre
La bataille continue avec une violence croissante sur tout l’immense front de la mer du Nord à la plaine d’Alsace; mais entre la Lys et la mer se joue sans doute la partie décisive. Si ardente que soit la mêlée dans beaucoup de régions, nulle part autant d’hommes ne sont aux prises; nulle part autant de races humaines ne participèrent à une guerre; nulle part aussi une telle accumulation de moyens d’attaque et de défense n’a encore été constatée. La bataille du droit et de la civilisation contre la barbarie a recruté des soldats jusque parmi les peuplades variées de l’Inde, les Arabes et les Berbères de l’Afrique du Nord, les nègres de l’Afrique occidentale. Les navires de l’Angleterre et de la France prennent une part considérable et glorieuse aux combats sur la terre ferme; l’aviation y participe par des flottes aériennes plus considérables et plus agissantes que celles jusqu’ici mises en ligne. Lorsqu’on connaîtra par le détail tous ces événements qui nous sont à peine révélés, les fictions les plus extraordinaires de Jules Verne et de ses imitateurs paraîtront bien dépassées.
Toute la semaine, les Allemands ont déployé une activité confinant à la furie. Ce n’est pas seulement vers Dunkerque et Calais qu’ils ont voulu percer: leurs opérations contre Arras paraissaient menacer Boulogne; en Picardie, ils voudraient trouer dans la direction d’Amiens; sur l’Aisne, on dirait qu’ils veulent retourner vers l’Ourcq et la Marne; par l’Argonne, la Meuse et la Woëvre, ils tentent d’envelopper Verdun; enfin du côté de la Seille, ils poussent de nouvelles pointes sur Nancy. Chaque jour les communiqués employaient les mêmes termes: «Violentes attaques sur tout le front.» Ces attaques ont été presque partout infructueuses, malgré l’effrayante consommation d’hommes qu’elles ont demandée à l’ennemi. C’est à plus de 200.000 que le colonel Repington, du Times, évalue le nombre des soldats sacrifiés par le commandement allemand depuis un mois. Cette semaine particulièrement sanglante s’est achevée par des symptômes de victoire qu’a soulignés la visite du président de la République à nos vaillantes troupes et par l’excursion sur le front même de la bataille, accomplie par M. Poincaré en compagnie de l’admirable roi des Belges.
LA BATAILLE DES FLANDRES
Les Allemands ont d’abord porté leur principale action sur les bords de l’Yser, entre l’embouchure du petit fleuve et Dixmude. Grâce à des masses sans cesse renouvelées ils avaient pu franchir le cours d’eau, et même dépasser le chemin de fer en occupant Ramscappelle et Perwyse. Les troupes belges ont eu recours à la mesure suprême des inondations: rompant les digues de l’Yser, tendant les barrages, nos amis ont amené le flot insidieux dans la plaine basse des polders. En même temps, aidés par nos troupes, ils enlevaient les villages occupés, et, sur les chaussées dominant les eaux, ont refoulé les colonnes ennemies du côté opposé, en leur infligeant des pertes considérables. Aux dernières nouvelles, Belges et Français avaient à leur tour traversé la rivière et se portaient vers la route d’Ostende à Dixmude où déjà serait parvenue à Leffinghe une colonne qui longea les dunes, tandis qu’une autre occupa Lombaertzyde le 3 novembre. Nous sommes donc près d’Ostende.