Devant cette difficulté de se diriger vers la frontière française par le littoral, devant l’inondation qui gagne chaque jour, l’ennemi a porté son effort vers le Sud, contre la ville d’Ypres. Ne pouvant aborder celle-ci par le Nord, ayant été chassé de Dixmude réduit en cendres et se trouvant en présence de forces alliées victorieuses occupant, entre Ypres et Roulers, les bourgs de Langemarck et de Parschendaele, il a dû se diriger sur un front étendu entre Roulers et Menin, où il a engagé de nombreux corps d’armée; depuis lors, c’est au Sud-Est et au Sud d’Ypres que la bataille a lieu; elle fut particulièrement ardente entre le canal d’Ypres à la Lys et le ruisseau de la Douve, autour du village de Messines, situé à mi-chemin d’Ypres et d’Armentières. Les positions ou points d’appui ont été pris et repris plusieurs fois; Anglais et Français ont rivalisé d’ardeur dans la résistance contre le flot allemand et dans les contre-attaques. Les nouvelles du 4 novembre disaient que nous avions maintenu notre front sur tous les points et que malgré des alternatives d’avance et de recul, nous étions en progrès. Sur le reste du théâtre flamand d’opérations, c’est-à-dire dans la Flandre française, autour des villes populeuses de Lille, Roubaix, Tourcoing, Halluin et Armentières, le silence a été complet, mais quelques indications furent fournies sur les combats livrés par les troupes britanniques aux abords de la Bassée. Les Allemands ont dirigé contre nos alliés de violentes attaques, à l’aide de forces très supérieures en nombre. Un moment obligés de reculer, les Anglais ont repris vigoureusement l’offensive, repoussé l’ennemi et repris position en avant des points d’où ils avaient été chassés. Toutes les attaques qui eurent lieu depuis dans cette direction sont restées infructueuses. Il en fut de même jusqu’à Arras, par les plaines de Lens et de Vimy.

A Arras, qui reste occupé par nous, l’ennemi a fait de violentes tentatives les 1er, 2 et 3 novembre; tout en continuant le bombardement de la malheureuse cité, il a cherché à parvenir au cœur de celle-ci; mais nous tenions bon dans les villages de la banlieue immédiate et les faubourgs; partout l’assaillant a été repoussé.

PICARDIE ET CHAMPAGNE

Les combats se sont poursuivis au Sud d’Arras jusqu’à l’Oise. Entre Arras et la Somme, il semble que tout se soit borné à des attaques contre nos positions, suivies de retours offensifs de notre part, nous faisant gagner quelques points retranchés par l’adversaire. Mais plus au Sud, en arrière, à l’Ouest de Roye et de Nesle, des deux côtés du chemin de fer de Tergnier à Amiens, l’ennemi a renouvelé l’effort entrepris depuis tant de semaines pour tâcher d’atteindre la capitale picarde. Il n’y a pas réussi; c’est nous qui, vers le 30 octobre, avons atteint, aux abords immédiats de Chaulnes, le bourg de Lihons, et, plus au Sud, à quelque distance de Roye, le village du Quesnoy-en-Santerre.

Contre le rideau ainsi avancé vers l’Est, les Allemands ont dirigé de furieuses tentatives, pendant trois jours; jusqu’au 3 novembre, tous leurs efforts se sont brisés contre la ténacité de nos soldats appuyés par notre puissante artillerie; même, le 4, nous faisions un nouveau pas vers l’Est.

Ligne générale (en grisé) des opérations militaires, à la fin d’octobre, de la mer du Nord à Nancy.

Voir aussi la carte de la couverture et, pour la bataille des Flandres, le croquis panoramique des [pages 350-351].