Mais je veux vous parler des poilus!

Il y avait fête chez eux, l’autre jour. On décorait un jeune aide-major qui, en pleine action, aux environs de Capy, était allé ramasser des blessés et s’était trouvé pris dans une dégelée de mitraille. Ils étaient trois ou quatre à sa mesure qui, sans se préoccuper de la musique infernale du plomb et de l’acier, acharnés à leur tâche, faisaient des pansements comme à l’hôpital, quand un shrapnell éclata au-dessus d’eux; on se regarda, on se compta, quelqu’un envoya un bon mot et l’on se remit à la besogne. Mais un autre projectile arriva; celui-ci était un obus qui tomba au milieu du groupe, tua des blessés, en blessa d’autres à nouveau et coucha tout le monde. Le médecin-major, qui commandait le service, se redressa et, s’apercevant que son aide ne mettait pas assez de hâte à l’imiter, lui cria:

—Dites donc, cher ami, la pause n’a pas sonné!

Et l’autre de répliquer paisiblement:

—Pardon, monsieur le médecin-major, mais je crois que j’ai l’humérus brisé.

C’est, ma foi, une belle réponse de médecin qui ne perd pas l’esprit!

Il avait bien l’humérus brisé... les «circonstances» n’avaient pas troublé son diagnostic.

On l’a décoré cette semaine.

Quelques jours avant, le colonel P... lui avait écrit: «Vous avez la croix. Je pourrais vous l’envoyer à l’ambulance; je préfère vous la remettre sur le front. Vous nous manquez, nous serons tous contents de vous revoir...»

Et l’on a conduit l’aide-major Lucien sur le front, sur le front même, à 600 mètres des tranchées allemandes, avec prise d’armes et drapeau déployé.