Kounti, comme première épouse, aurait souhaité d'accompagner le roi dans l'autre monde; c'était son devoir comme son droit; mais, cédant aux instances de Madri, elle consentit à la laisser monter sur le bûcher, à sa place (à cause des enfants, la plus jeune des épouses devait survivre à l'époux).

Après cet accord, les deux nobles épouses, aidées de leurs cinq fils, s'empressèrent de dresser le bûcher; lorsqu'il fut terminé, elles y placèrent le corps de Pandou, et Madri s'étendit à son côté. Elle dit alors à Kounti: «La flamme de ce bûcher me purifiera de mon péché, et, pure de toute souillure, je suivrai notre époux au Swarga; veuillez donc, noble dame, y mettre le feu.» Kounti y porta aussitôt la flamme et le funèbre sacrifice s'accomplit.

Il n'est question des suttys ni dans les Védas, ni dans les Pouranas, ni dans le Ramayaua, ni dans les lois de Manou, ni dans le Kama Soutra.

Les grecs d'Alexandre les trouvèrent en usage chez un peuple au moins du Punjab. D'abord propre aux Rajahs, cette coutume paraît s'être étendue sous l'empire des religions sectaires. Elle était assez répandue et très connue du temps de Properce, sous Tibère.

Properce, Livre III, Elégie XIII, en faisant la critique des femmes de son temps, fait l'éloge du dévouement des femmes indiennes qui accompagnent leurs maris dans la mort.

L'Inde, dit-il, nous envoie l'or de ses mines; la mer rouge, ses précieux coquillages; Tyr, sa pourpre; l'arabe nomade, le cinname; voilà les armes qui triomphent de la plus fière vertu.

Vois s'avancer, magnifiquement parée, cette femme chargée du patrimoine de toute une famille; elle étale à nos yeux les dépouilles de ses amants.

On demande sans pudeur, on donne de même.

Heureuse cette loi des nations lointaines de l'Orient!

Fortunés époux! Quand la dernière torche a été lancée sur le lit funéraire, les femmes du mort, les cheveux épars, se disputent l'honneur de quitter la vie pour le suivre. Honte à celle qui n'obtient pas la faveur de mourir. La rivale préférée s'élance triomphante sur le bûcher, et va, au milieu des flammes qui la consument, placer sa bouche sur celle de son époux.