«Dans combien de maisons l'adultère a maintenu le lien conjugal presque détaché!

Pétrone. C'est dans le Satyricon de Pétrone qu'on voit le mieux jusqu'où allaient les débordements des femmes; nous en détacherons comme renfermant les traits les plus saillants la peinture des moeurs d'une des initiées aux mystères de Priape. Elle complète ce que nous disons dans l'Introduction sur le culte de ce dieu. Nous engageons le lecteur à se reporter au texte de Pétrone dont l'enjouement ne peut être reproduit dans l'abrégé auquel nous devons nous borner.

«Vers le soir, dans un lieu solitaire, passent près de nous deux femmes d'assez bonne tournure, nous les suivons et entrons après elles dans une chapelle où nous distinguons grand nombre de femmes armées d'énormes phallus; à notre vue celles-ci poussent un cri immense; nous nous échappons avant qu'elles puissent nous saisir.

«A peine sommes-nous dans notre logis que nos deux femmes y pénètrent; l'une, Quintilla, voilée, l'autre, Psyché, sa suivante, tenait par la main Panychis, jolie petite fille d'environ sept ans. Quintilla me fait promettre de ne point divulguer les mystères de Priape, puis se jetant sur ma couche, elle demande un calmant pour la fièvre qui la consume. Je me mets en devoir tandis qu'Aschyte tient tête à Psyché et que Giton s'amuse avec Panychis; mais glacés par la surprise nous restons impuissants. Quintilla sort furieuse, puis revient avec des inconnus qui nous saisissent et nous transportent dans un palais somptueux. Là, Psyché nous garotte avec des rubans, m'abreuve de Satyrion et en inonde le corps d'Aschyte, tandis que la petite fille, pendue au cou de Giton, lui donne mille baisers.

«Pour notre châtiment, un baladin, vêtu d'une robe couleur de myrthe, retroussée jusqu'à la ceinture, tantôt nous éreinte de ses violents assauts, tantôt nous souille de ses baisers immondes, jusqu'à ce que Quintilla, qui présidait une baguette à la main et la robe également relevée, ordonne qu'il nous laisse aux mains d'une troupe de lutteurs qui nous frottent d'huile et nous raniment. Nous mettons des habits de table et prenons à un banquet excellent arrosé de vieux Falerne une part assez belle pour qu'à la fin le sommeil nous gagne.—«Eh quoi! s'écrie Quintilla, vous dormez alors que cette nuit appartient tout entière à Priape».

«Après une trêve à l'orgie, la bruyante musique d'une joueuse de cymbales nous réveille tous. Le feslin recommence avec une gaieté toute bachique. Le baladin me crache sur la face un baiser infect, se campe sur mon lit, relève, malgré nous, nos tuniques et me broie à plusieurs reprises, chaque fois longtemps, mais toujours au-dessus de son but. Sur son front baigné de sueur, des ruisseaux de fard coulaient dans les rides creusées dans son masque de craie. Sa face ressemblait à un vieux mur décrépit que sillonne la pluie.

Ascytte, à son tour, subit le même supplice. Comme Giton se tordait de rire, Quintilla le remarque, et ayant appris qu'il est mon favori, elle lui colle un baiser, puis elle passe la main sous sa tunique et le tâte.—Tu seras bon, dit-elle, demain pour mes prémisses; aujourd'hui j'ai été trop largement servie pour goûter un aussi mince besogneur. Mais toi, je vais te pourvoir à ta convenance.

«Elle appelle près d'elle Panychis. Je fais des objections à cause de l'âge.—Bah! répond Quintilla, j'ai commencé plus tôt et je ne sais plus quand. A son âge j'ai trouvé un pied à chausser..

«A la demande et aux applaudissements de tous, l'adolescent et la fillette se prennent pour époux. Précédée du baladin qui porte un flambeau, Panychis marche vers l'hyménée, la tête haute et couverte du flammeum, entre deux files de femmes ivres qui battent des mains. Quintilla saisit lubriquement Giton et l'entraîne vers la chambre à coucher. Les voilà clos et dans le même lit-, tout le monde au seuil de la porte. Quintilla regarde leur jeu par une ouverture habilement dissimulée et elle m'attire pour regarder avec elle. Comme nos deux visages se touchent, elle becquette mes lèvres par intervalles.

Tout à coup se précipite dans la salle avec fracas et l'épée haute un soldat de la garde nocturne suivi d'une troupe de jeunes gens. Il apostrophe Quintilla: Coquine! tu donnes à un autre la nuit que tu m'avais promise! Eh bien, vous allez voir tous deux que je suis un homme.»