Elle vantera alors la force du jeune homme, ses talents et son habileté dans les soixante-quatre sortes de voluptés; elle dira aussi les bontés qu'a eues pour lui quelque femme remarquée, quand bien même cela ne serait pas vrai.
En outre l'entremetteuse observera avec beaucoup d'attention la manière d'être de la femme; si celle-ci est favorable, son accueil sera empressé, affectueux.
Elle aura avec l'entremetteuse des à parte où elle lui contera ses peines; elle sera pensive, poussera de gros soupirs, lui fera des présents, lui rappellera les occasions de fêtes, lui exprimera toujours en la congédiant[70] le désir de la revoir et lui dira plaisamment: Ah! belle langue, pourquoi me dites-vous ces vilaines choses? Elle discourera sur le péché qu'elle commettrait, ne dira rien des entrevues et entretiens qu'elle aura eus avec l'amant, mais se fera interroger à ce sujet; elle finira par rire du désir du soupirant, mais sans montrer aucun mécontentement.
[Note 70: Dans l'Inde, c'est toujours la personne qui reçoit une visite qui indique le moment de la séparation.]
Quand la femme a ainsi laissé voir ses sentiments, l'entremetteuse lui apporte des témoignages d'amour, comme des feuilles et des noix de bétel, des parfums, des fleurs, des bagues, des anneaux, tous portant les marques des ongles et des dents de l'homme et d'autres signes. Sur un habillement qu'il enverra seront imprimées avec du safran ses deux mains jointes ensemble comme dans un transport d'amour.
L'entremetteuse montrera aussi des figures d'ornement de différentes sortes découpées sur des feuilles, des pendants d'oreilles et des guirlandes de fleurs contenant des billets doux et des déclarations d'amour. Elle décidera la femme à lui envoyer en retour des présents affectueux. Après que les deux amants ont échangé des présents, l'entremetteuse arrangera une rencontre entre eux.
Babhravya est d'avis que, pour ne point être remarqués, ils doivent choisir le moment où le public est occupé par des fêtes civiles ou religieuses, par le bain ou par quelque calamité publique.
Gonikaputra, au contraire, pense que ces rendez-vous doivent se donner dans la demeure d'une amie, d'un mendiant, d'un astrologue ou d'un ascète[71].
Vatsyayana décide qu'il faut simplement choisir un lieu qui a une entrée et une sortie faciles et disposé de façon que ceux qui s'y trouvent puissent s'en aller librement et en évitant toute rencontre fâcheuse.
[Note 71: On voit que, à cette époque, les Ascètes se prêtaient à plus d'un rôle.]