N° 1.—Dons des courtisanes aux brahmes.
Sauf les jardins et étangs publics qui sont oeuvres d'utilité à la fois publique et religieuse, tous les gains des courtisanes ont, d'après la prescription de Vatsyayana, une destination religieuse qui les met aux mains des brahmes, soit directement comme don personnel, soit indirectement comme offrande aux dieux.
Cette conclusion dernière du traité des courtisanes ne laisse aucun doute sur son caractère religieux et obligatoire; c'est un véritable catéchisme.
Les étangs et jardins publics sont souvent placés à proximité des pagodes et concourent à leur richesse et à leur salubrité, car alors ils servent exclusivement pour le bain. Il y a aussi un grand nombre d'étangs situés au milieu des campagnes; ce sont les plus grands. Ils servent uniquement à l'agriculture. Beaucoup ont été creusés par des personnes pieuses. Les brahmes, possédant une grande partie des terres, étaient eux-mêmes intéressés directement à la prospérité de l'agriculture.
L'étang de Moutrapaléon, dont les sources alimentent d'une eau excellente la ville de Pondichéry, a été établi par une courtisane célèbre; ce fait est rappelé sur les bas-reliefs de la fontaine publique qui est surmontée de la statue de Dupleix, au milieu de la place Dupleix, la grande place de Pondichéry.
La prostitution sacrée (Maspero) a existé en Assyrie, en Syrie, en Phénicie et dans l'Asie-Mineure, mais c'était une sorte d'hospitalité offerte aux étrangers de passage; il ne parait pas qu'une caste sacerdotale en ait tiré profit comme les brahmes l'ont fait de la prostitution publique dans l'Inde.
N° 2.—L'avidité.
D'après l'auteur indien, la courtisane ne doit se préoccuper que du gain. C'est le langage qu'Ovide prête à une proxénète corrompant sa maîtresse: les Amours, livre I.
«La pudeur pour être utile doit être feinte. Habile à tenir les yeux modestement baissés, ne les porte sur un homme qu'à proportion des offrandes qu'il te fera.
«Amusez-vous, jeunes beautés; il n'est de chaste que celle qu'aucun amant ne sollicite et si elle n'est point trop novice, elle provoque la première. La beauté se fane quand on ne l'entretient pas par la jouissance. Et ce n'est pas assez d'un ou deux amants; avec plusieurs le profit est plus sûr, la recette plus abondante. Que celui qui donne soit plus grand à tes yeux que le grand Homère. On a de l'esprit quand on donne. Ne dédaigne point l'affranchi ni celui qui a les pieds poudreux. Ne te laisse point éblouir par une naissance illustre. Allez trouver vos aïeux nobles vous qui n'êtes pas riche! Cet autre, parce qu'il est beau garçon, te demande une de les nuits sans la payer, qu'il aille chercher de l'or chez celui dont il est le mignon.»